«En esta aduana, no se habla mal de Chávez.» Traduction : «A cette douane, personne ne dit du mal de Chávez». Lorsque je suis entré au Venezuela par la Colombie au printemps 2017, une banderole rouge barrée de lettres blanches mettait en garde tous ceux qui franchissaient la frontière. Chávez, figure tutélaire de la «révolution bolivarienne», était mort depuis quatre ans déjà et lui avait succédé, à la tête de l’Etat, un ancien chauffeur de bus sans grande envergure, soutien de Kadhafi et de Bachar el-Assad : Nicolás Maduro.
Chaque matin, des milliers de Vénézuéliens franchissaient la frontière pour s’approvisionner dans les supermarchés ou les pharmacies de Cúcuta. Le pays manquait de tout – savon, papier hygiénique, couches, médicaments –, mais surtout, de quoi manger. A Caracas, j’avais retrouvé mon amie Claudia : en six mois, elle avait perdu huit kilos. «Grâce au régime, dit-elle : le “régime Maduro”.» Elle trouvait encore le moyen d’en plaisanter : «Les Vénézuéliens n’ont jamais que trois problèmes : le petit déjeuner, le




