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A la poursuite de la beauté (3/8)

Mahaut Drama : «Crois que t’es bonne, les gens vont finir par le croire»

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Dès 8 ans, l’humoriste qui se trouvait grosse et moche rêvait d’être belle. Mais face aux injonctions à surveiller son poids véhiculées y compris par sa propre mère, elle force le trait. Et ça marche.

Mahaut Drama, au printemps 2025. (Audoin Desforges/Libération)
Par
Mahaut Drama
Humoriste
Publié le 26/12/2025 à 12h13

Obsession contemporaine et plurimillénaire, la quête du beau est aussi universelle. En cette fin d’année, Libération explore la beauté comme injonction, privilège ou ressource, voire consolation dans un monde qui va mal. Le sublime de la montagne, l’esthétique foutraque des ruelles de Marseille, la beauté d’un navet, les codes de l’ultra féminité-féministe, la coquetterie d’homo sapiens… Ecrivain·es, philosophes, ethnologue et humoriste la traquent dans toutes ses formes et ses recoins.

Toujours eu cette impression : on ne devient pas «femme» la première fois qu’on a ses règles, mais la première fois qu’on se trouve trop grosse. Personnellement, j’ai appris à comparer mon corps à celui des autres filles avant même de savoir mes tables de multiplication. En CE2, j’interrogeais nerveusement ma copine à la cantine «Tu dirais que je suis normale +, normale ++ ou grosse ?» Toisements. Minutes solennelles de jugement. L’entièreté de mon être est scannée. Verdict : «Un peu grosse.»

Flûte.

J’avais alors pour seul bagage émotionnel quelques convictions : le père Noël existait quoi qu’on en dise, Jennifer avait GRAVE mérité de gagner la star’ac, et j’étais moche.

De la maternelle au primaire jusqu’à la cinquième je n’ai pas eu d’amis. Or, quand j’observais les autres enfants à la récréation, depuis le préau vide et sous la tutelle d’une maîtresse qui vérifiait qu’on ne m’embêtait pas trop, le constat me sautait aux yeux. Les jolies filles avaient des camarades

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