A Bamako, au bord du fleuve Djoliba (Niger), les populations ont soif d’essence. Depuis début octobre, une pénurie de carburant frappe cette ville – la plus peuplée du Mali, concentrant l’essentiel des activités économiques, politiques, culturelles, d’éducation et au centre de l’attention du pouvoir central – sous l’effet mécanique d’un blocus imposé par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim). Les jihadistes attaquent les camions-citernes qui ravitaillent la capitale de ce pays enclavé, en provenance des ports de Dakar, d’Abidjan ou de Conakry. Ils brûlent par dizaine les poids lourds en route pour Bamako. Les ambassades des Etats-Unis, d’Allemagne, de Belgique et de France ont appelé leurs citoyens à quitter immédiatement le Mali. Le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a beau dénoncer une «situation de pénurie artificiellement créée», les files d’attente de plusieurs kilomètres devant les stations-service apparaissent comme des trompettes de Jéricho qui écrasent le déni le plus robuste.
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L’hypothèse d’une «chute» de la capitale malienne aux mains des jihadistes s’est répandue comme une traînée de poudre dans les médias, notamment anglo-saxons. Cet emballement alarmiste m’a rappelé celui décrit par Moussa Konaté dans le polar Meurtre à Tombouctou (2014), à travers le personnage du commissaire Habib : «Il fut consterné d’entendre les radios internationales commenter les tirs d’Alhadi visant Gérard comme un attentat manqué d’un grou




