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Libération
A la poursuite de la beauté (4/8)

Mathilde Ramadier, philosophe : «Ressentir le sublime des montagnes peut nous éduquer à les respecter»

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Se préoccuper du beau n’est pas une tâche superficielle, ni même facile. Le beau n’agit pas en sédatif, il peut au contraire servir de levier d’engagement pour mieux protéger le vivant, pointe la philosophe émerveillée par les Hauts-Plateaux du Vercors.

Bouquetins des alpes un matin d’octobre 2020 dans le Vercors (Luca Melcarne)
Par
Mathilde Ramadier
philosophe
Publié le 28/12/2025 à 14h00

Obsession contemporaine et plurimillénaire, la quête du beau est aussi universelle. En cette fin d’année, Libération explore la beauté comme injonction, privilège ou ressource, voire consolation dans un monde qui va mal. Le sublime de la montagne, l’esthétique foutraque des ruelles de Marseille, la beauté d’un navet, les codes de l’ultra féminité-féministe, la coquetterie d’homo sapiens… Ecrivain·es, philosophes, ethnologue et humoriste la traquent dans toutes ses formes et ses recoins.

Alors que je m’apprête à écrire ce texte, je pars dans le Vercors, pour une excursion d’une journée auprès d’un jeune guide, Luca Melcarne, étoile montante de la photographie animalière (1). La neige recouvre les cimes depuis près d’un mois. J’observais de ma fenêtre la montagne maquillée, la ligne de démarcation gris /blanc onduler sur les falaises, qui d’un jour à l’autre se poudraient autrement. Il me tardait d’y aller enfin.

Luca nous avait donné rendez-vous sur un parking improvisé au bord d’une route sinueuse, là où un panneau prévient qu’au-delà, il n’y a plus de parapet. En contrebas, le hameau de Benevise semble endormi depuis toujours. La brume étouffe tout. Dans la semi-pénombre de l’aurore, notre petit groupe prend ses marques sur un sentier ascendant. Je me concentre pour ne pas glisser sur le calcaire humide quand notre guide s’extasie, œil de lynx, voix vive, en

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