«Mon chéri, c’est Leïla.» Je ne me suis jamais habitué à cela : entendre cette femme me dire ces mots. Car avant d’être «mon chéri, c’est Leïla», elle était la voix magnétique, le visage inoubliable de la Palestine en France.
Elle était, dans le Captif amoureux de Jean Genet, «Leïla», «Mlle Shahid», ou encore «la fille de Madame Shahid». Elle était surtout, l’une des «ardentes», ces femmes qui le subjuguaient tant : «Quant aux meilleures d’elles-mêmes les grandes familles donnaient à la révolution celles que je nomme les “ardentes” : Nabila, Leila et beaucoup d’anonymes.»
Elle était, à la télé, à la radio, «Leïla Shahid». A mes oreilles d’enfant, qui investissent volontiers les mots de sens fantaisistes, j’entendais «Leil», la nuit ; j’entendais «Shahid», le martyr et le témoin. Son nom même était la nuit étoilée d’un témoignage et d’un martyr. «Leïla Shahid», prononcé d’un seul souffle, avec révérence, épatait tout le monde, à commencer par ma grand-mère. Silence dans le salon quand elle parlait, en français, pour dire mieux que nous, ce que nous ressentions.




