S’en prendre de manière anonyme à la vitrine d’une librairie, invectiver, menacer, voire brutaliser un ou une libraire dont on désapprouve les choix qu’il ou elle fait de mettre en avant tel ou tel livre dans sa boutique, voilà qui a tout du geste militant isolé et bas du front.
On ne saurait pour autant en sous-estimer les conséquences financières ou psychologiques. Surtout, la multiplication, largement documentée, de ce type d’actes un peu partout dans le pays durant les derniers mois relève d’une offensive plus vaste et plus coordonnée qu’il n’y paraît, offensive qu’il faut analyser, et dont il faut comprendre ce qui la sous-tend pour la combattre.
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Dernier maillon de la chaîne du livre, les librairies sont, certes, des cibles faciles pour les censeurs autoproclamés. Elles sont au cœur de l’espace public, par définition ouverte sur la rue ; ce sont elles, et certainement pas les grands groupes d’édition, qui défendent la diversité éditoriale, donc la diversité des opinions qui s’expriment dans les livres.
Elles sont aussi devenues récemment des espaces de discussion rassembleurs et des lieux de résistance à la trumpisation du monde en participant à diffuser des voix minoritaires.
Qu’en période de durcissement autoritaire ou de crise de légitimité politique, on s’en prenne aux livres, à ceux qui les écrivent, les vendent et les lisent, ce n’est pas là une affaire nouvelle : de la Révolution française à la guerre d’Algérie, les réactionnaires et les pouvoirs fragilisés ont touj




