Amine est un ami. Lors des veillées de deuil qui ont précédé l’enterrement de son frère Mehdi, j’ai compté plus de 30 morts autour de moi. Des mamans, des papas, des tantes, des oncles qui ont perdu un minot sous les balles.
Et tous ces gens-là ajoutent désormais à la perpétuité de leur peine une autre émotion : la peur. Voilà donc le désespoir qui s’installe. Et, ce désespoir, ce sont les gouvernements successifs qui en sont les déclencheurs.
Le narcotrafiquant est le meilleur ennemi du pouvoir. Il est votre moyen imparable pour cacher vos manquements, le méchant absolu qui vient s’en prendre à la République. La maladie à combattre.
La réalité est pourtant bien pire : le trafic de stupéfiants est le symptôme d’une société détraquée. Le symptôme, pas le mal. La blessure, la lésion qui s’infecte jusqu’à l’amputation. Pas la peste qui la cause.
Cette peste, je l’appelle «le Monstre», est un mélange de toutes les malfaçons de notre république : clientélisme, corruption, décisions politiques comme économiques prises à l’encontre du bien public, racisme, injustice sociale… Alors vous exhibez un méchant. Le narcotrafiquant «mexicanisé».
Entretien
Vous savez pourtant que le trafic de stups se divise schématiquement en cinq niveaux qui tous sont autonomes les uns des autres : producteur (qui se combat par la diplomatie), transitaire (qui nécessite des accords internationaux), semi-grossiste (cible de la police judiciaire), détaillant (confondus par des enquêtes de terrain) et intérimaires (les p




