Crise politique ? Crise de régime ? Crise civilisationnelle ? La difficulté à qualifier l’effondrement qui menace notre pays tient à la conjonction des attaques portées contre son modèle démocratique. L’emballement de sa dette exacerbe des revendications légitimes de justice fiscale et met à mal le règne du tout économique sur la politique. La dégradation des services publics rompt le contrat social passé à la Libération, fondé sur un Etat efficace. L’instabilité créée par une dissolution insensée interroge la pérennité des institutions de la Ve République et leur verticalité présidentialiste.
«Les régimes meurent moins de la colère du peuple que de leur propre fatigue» : jamais l’aphorisme prêté à Raymond Aron (1905-1983) n’a paru aussi juste. Face au risque de chaos, la France de 1789, de 1936, de 1968 ou des gilets jaunes semble résignée. Seuls les sondages, et non la rue, sont les porte-voix d’une défiance contre les élites, qui nourrit le miel toxique des déclinistes.
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Tel le lapin devant les phares, nos dirigeants voient se profiler avec fatalisme le scénario autoritaire qui s’imposerait en 2027 ou avant. Avec pour argument que la crise fait vaciller toutes les vieilles démocraties, ils se montrent incapables du courage et de l’imagination qui permettraient de la résoudre. Où est passé chez eux cet «instinct» défini par le général de Gaulle dans le Fil de l’épée comme «l’intelligence qui s’ignore» ?
Organiser le sursaut
Faut-il attendre la catastrophe pour organiser le sursaut ?




