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Répression de l’homosexualité : pas de réparation possible sans accès aux archives

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Alors qu’une proposition de loi de réparation des condamnations pour homosexualité est toujours en attente, le chercheur Antoine Idier est empêché de consulter les dossiers de police des années 1950-1960. Comment la France peut-elle prétendre réparer si l’établissement d’un récit historique est entravé ?

En 1981, lors de la gay pride, à Paris. ( Patrick De Noirmont/AFP)
Par
Antoine Idier, maître de conférences à Sciences-Po Saint-Germain-en-Laye et chercheur au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales
Publié le 03/12/2025 à 15h11

Il y a quelques jours, l’avocat Clément Capdebos a déposé en mon nom un recours devant le tribunal administratif de Paris, attaquant le refus du ministère de l’Intérieur de me laisser consulter des archives des années 1950 et 1960 relatives à la répression de l’homosexualité.

L’histoire commence en mai 2024, alors que je travaille à mon livre Réprimer et réparer. Une histoire effacée de l’homosexualité (éditions Textuel) : j’identifie 75 dossiers de police aux Archives nationales, portant sur des affaires dans plusieurs villes de France. Il faut déposer une demande de dérogation pour les consulter : si une loi fondatrice de 1794 a énoncé l’impératif démocratique selon lequel «tout citoyen pourra demander dans tous les dépôts […] communication des pièces», et si les archives publiques sont «communicables de plein droit», l’accès peut être restreint en raison d’«intérêts à protéger» – la vie privée ou des informations liées à la «sûreté» de l’Etat.

Plus d’un an après ma demande de dérogation, en mai 2025, je reçois une réponse négative : le ministère de l’Intérieur «n’a pas répondu aux demandes successives» et «son silence vaut refus». Je suis invité à saisir

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