La France aime se persuader qu’elle découvre aujourd’hui la rareté de l’eau. Sécheresses à répétition, restrictions estivales, conflits d’usage : l’urgence serait nouvelle, presque imprévisible. C’est faux. Le diagnostic est posé depuis longtemps, les solutions sont connues, documentées, débattues. Ce qui manque, ce n’est ni l’expertise ni les outils, mais la volonté de les mettre réellement en œuvre, alors même que le réchauffement climatique rend chaque année l’inaction plus coûteuse.
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Le cœur du problème est parfaitement identifié. Notre modèle économique de l’eau repose encore largement sur une logique de volumes : les services sont financés par les mètres cubes consommés, alors même que les politiques publiques appellent à réduire les usages. Autrement dit, moins on consomme, plus on fragilise financièrement les services chargés de produire, de distribuer et de traiter l’eau. Cette contradiction est désormais aggravée par le changement climatique, qui réduit la disponibilité de la ressource, accentue la variabilité saisonnière et rend structurelle une tension longtemps perçue comme conjoncturelle.
Les conséquences sont visibles. Les réseaux vieillissent, les fuites s’accumulent (près d’un litre sur cinq est perdu avant d’arriver au robinet) et le rythme de renouvellement des infrastructures est dramatiquement insuffisant. Réparer coûte cher, économiser rapporte peu. La sobriété, pourtant indispensable pour s’adapter au réchauffement, se transforme alors en risque financier




