Un jour, alors que nous étions de jeunes adolescents, un ami m’a avoué un peu honteusement : «Avant de te connaître, je croyais aux théories complotistes sur les juifs.» J’étais très choqué : le décalage entre l’ami attentionné et drôle que je connaissais et la personne influencée par des théories haineuses était une chose très difficile à comprendre. Pour autant, il n’avait jamais agressé personne ou commis des actes violents : il répétait des absurdités entendues chez lui, à l’école, dans certains médias en ligne.
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Il existe un fossé réel entre l’adhésion passive à des stéréotypes antijuifs, qui sont le fruit de deux mille années d’antisémitisme chrétien qui ont façonné l’Occident et le passage à l’acte. Ce fossé ne doit jamais servir à minimiser les différentes formes d’antisémitisme, mais il impose de distinguer rigoureusement les catégories pour mieux les analyser et les comprendre.
C’est précisément ce que le questionnaire diffusé cette semaine dans l’enseignement supérieur échoue à faire. Présenté comme un outil de mesure de l’antisémitisme, il mélange tout : actes, perceptions, croyances, positions politiques, opinions géopolitiques. Certaines questions demandent d’évaluer si «les juifs ont trop de pouvoir», «sont plus riches que la moyenne», «trop présents dans les médias» (p. 19-20) , sans contextualisation, sans cadrage, sans avertissement méthodologique. Un tel instrument ne cartographie pas les préjugés : il les remet en circulation.
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