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Tant que les toxicomanes ne dérangent pas le brunch du dimanche, l’Etat laisse faire, par Nadir Dendoune

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Pourquoi faut-il toujours un drame, comme le meurtre de Mehdi Kessaci, pour que les pouvoirs publics se décident à réagir ? s’interroge l’écrivain. L’abandon bien organisé des quartiers ne peut tenir lieu de politique publique.

En 2024, signal d'un point de deal à proximité de l'immeuble le Carrare, à Grenoble. (Pablo Chignard/Libération)
Par
Nadir Dendoune, écrivain
Publié le 25/11/2025 à 9h01

Il aura fallu la mort de Mehdi, frère du militant Amine Kessaci, un garçon sans histoires, condamné malgré lui par l’engagement de son aîné, pour que les pouvoirs politiques se décident enfin à réagir.

Enfin… sur le papier. Parce que en réalité, ils savaient déjà. Ils savent depuis toujours. C’est impossible de ne pas savoir.

Depuis des décennies, tant que ça reste loin des centres-villes, tant que ça brûle dans les cages d’escaliers et pas sous les façades haussmanniennes, tant que ce sont les pauvres qui tombent, tant que les toxicomanes ne dérangent pas le brunch du dimanche, l’Etat laisse faire. Il ferme les yeux, comme si l’abandon, bien organisé, pouvait tenir lieu de politique publique.

Dans les quartiers, tout le monde sait que retirer la drogue du jour au lendemain ferait exploser la situation. Ici, c’est devenu un outil, une béquille d’un système cassé : ça occupe les esprits, canalise les tensions, maintient une économie parallèle tolérée pour acheter une paix précaire.

Même en prison, le shit circule presque officiellement. On appelle ça «réalisme carcéral». Moi, j’appelle ça lai

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