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Tigré, Darfour, Kivu : ces guerres que nous ne regardons pas

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Pourquoi des crimes de masse sont-ils plus invisibilisés que d’autres ? Pourquoi les médias se focalisent sur le conflit à Gaza et ne couvrent-ils pas les crises africaines ? Pour des raisons d’agenda médiatique et politique ? s’interroge le géographe Jan Nyssen.

En 2024, l'école Maiweini à Mekelle, dans la région du Tigré, a été transformée en abri pour les déplacés. (Michele Spatari /AFP)
Par
Jan Nyssen
géographe, professeur émérite à l’université de Gand (Belgique)
Publié le 17/12/2025 à 17h44

Chaque jour, les médias européens se focalisent sur le conflit au Proche-Orient. Compréhensible : les images, les symboles et l’histoire captivent. Mais, en Afrique, des tragédies tout aussi graves se déroulent – au Tigré en Ethiopie, à El-Fasher au Darfour (Soudan), ainsi qu’au Kivu (RDC) – et elles restent largement ignorées. Pourtant, la souffrance y est immense, les massacres massifs, et l’urgence humanitaire tout aussi pressante.

Au Tigré, la guerre a été marquée par des exactions systématiques : destructions de villages, exécutions, violences sexuelles, privations de nourriture et de soins, déplacements massifs de population. Des dizaines de milliers de morts, des centaines de milliers de déplacés, des familles entières décimées. A Mahbere Dego, l’armée éthiopienne a amené tous les jeunes hommes du village sur le bord de la falaise pour les exécuter un à un, et les soldats se sont filmés pendant le massacre.

La BBC a publié un article, mais cela n’a guère fait plus de vagues. A Debre Abbay, trente cadavres filmés après un autre massacre ont été recoupés avec l’imagerie satellitaire par The Tel

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