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«Venez en Ukraine, là, où nous apprenons à vivre comme pour la première fois»

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Pour le philosophe Volodymyr Yermolenko, comprendre l’Ukraine passe par la rencontre physique, l’écoute des voix d’un pays qui refuse de se taire malgré la guerre. Une expérience rendue possible avec le Voyage en Ukraine, une cinquantaine d’événements sur le territoire français de décembre 2025 à mars 2026.

Le spectacle «Break the Rock» du groupe multi-instrumentiste Dakh Daughters est programmé pour le 10 février 2026 au Théâtre du Rond-Point à Paris, dans le cadre de l'événement le Voyage en Ukraine. (Joseph Banderet)
Par
Volodymyr Yermolenko, philosophe, journaliste et écrivain ukrainien
Publié le 01/12/2025 à 17h14

Pour comprendre, il faut être présent. La présence est notre salut face à la perte de sens. Dans un monde où le savoir nous parvient de plus en plus par des intermédiaires humains ou artificiels, dans un monde où des écrans et des algorithmes se dressent entre vous et nous, où nos corps sont enfermés dans des capsules et perdent leurs liens entre eux, où nous sommes privés du frisson de l’air froid sur la peau, d’un rayon de lumière dans la pupille, de l’odeur d’un brouillard dense et laiteux, dans ce monde-là, la présence est essentielle. La présence physique des corps.

Vous comprendrez l’Ukraine autrement si vous venez ici. Vous comprendrez mieux n’importe quel endroit de la planète où l’on saigne si vous êtes parmi nous et avec nous.

Vous comprendrez que ici, il y a de la douleur quotidienne, mais aussi une immense joie, la joie d’être ensemble, de créer ensemble, de partager l’émotion. Il y a ici beaucoup d’humour, souvent noir certes, mais quel bonheur de rire à pleins poumons. Ici, la haine des assassins existe, mais il y a aussi l’amour des êtres humains, des vies, de notre vulnérabilité mortelle.

Vous comprendrez que ici, on lit des livres, peut-être même plus que en temps de paix. Que ici, les gens se posent chaque jour de grandes questions, non par curiosité, mais parce que leurs vies dépendent des réponses. Et oui, certaines questions nous les évitons, par peur d’ouvrir une nouvelle blessure peut-être fatale. Mais cette fuite elle-même devient matière à des conversat

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