Pour comprendre, il faut être présent. La présence est notre salut face à la perte de sens. Dans un monde où le savoir nous parvient de plus en plus par des intermédiaires humains ou artificiels, dans un monde où des écrans et des algorithmes se dressent entre vous et nous, où nos corps sont enfermés dans des capsules et perdent leurs liens entre eux, où nous sommes privés du frisson de l’air froid sur la peau, d’un rayon de lumière dans la pupille, de l’odeur d’un brouillard dense et laiteux, dans ce monde-là, la présence est essentielle. La présence physique des corps.
Vous comprendrez l’Ukraine autrement si vous venez ici. Vous comprendrez mieux n’importe quel endroit de la planète où l’on saigne si vous êtes parmi nous et avec nous.
Vous comprendrez que ici, il y a de la douleur quotidienne, mais aussi une immense joie, la joie d’être ensemble, de créer ensemble, de partager l’émotion. Il y a ici beaucoup d’humour, souvent noir certes, mais quel bonheur de rire à pleins poumons. Ici, la haine des assassins existe, mais il y a aussi l’amour des êtres humains, des vies, de notre vulnérabilité mortelle.
Vous comprendrez que ici, on lit des livres, peut-être même plus que en temps de paix. Que ici, les gens se posent chaque jour de grandes questions, non par curiosité, mais parce que leurs vies dépendent des réponses. Et oui, certaines questions nous les évitons, par peur d’ouvrir une nouvelle blessure peut-être fatale. Mais cette fuite elle-même devient matière à des conversat




