«Kiss my Ass». C'est ce qu'écrit Hemingway en marge d'une lettre que lui adresse Fitzgerald à propos de l'Adieu aux armes. «Ce passage est lent, cher Ernest. Elague de grâce !» Comment ne pas être furieux ? Voici sous les politesses glacées, le feu de la jalousie. Le futur prix Nobel invite le roi du Jazz Age à lui embrasser les fesses ! C'est le sujet de ce «Duel» : la correspondance entre Fitzgerald, le papillon génial, et Hemingway, le taureau sublime. Au début, c'est simple. Scott est la star, le tenant du titre. Ernest est le challenger. Chacun est à sa place. Mais le vent parfumé d'alcool fort va tourner dans le Paris crispé et joyeux de l'entre-deux-guerres. Pour les départager, il aurait peut-être fallu les faire monter sur un ring ? Attendre de voir lequel tomberait le premier. Deux poids lourds obsédés par le poids de leur plume. Mais quand les boxeurs veulent être amis ? Quand ils s'admirent terriblement ? Alors… Alors c'est le combat d'une vie. Les lettres qu'ils s'envoient sont autant d'uppercuts élégants. Les caresses sont des coups, le mépris devient une forme de respect. Le film révèle à quel point ces deux génies se sont acharnés à détruire l'ambition, l'ego, la confiance de l'autre. Drôle d'amitié en forme de jeu de massacre. Entre eux, il s'agira toujours d'une question de taille - comme l'écrira Hemingway dans un chapitre consacré à son meilleur ennemi - jamais d'une question de talent.
Critique
Scott et Ernest sur le ring
Par
Sacha Sperling
Publié le 16/03/2016 à 18h21
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