Au départ, on a regardé pour se moquer : l'accent picard, les métaphores sexo-agricoles, la toile cirée sur la table de la cuisine, l'association lino-tommettes, les parents qui vivent à l'étage, les canapés en skaï marron, la collec de vaches en vitrine dans le salon… On assume : notre arrogance urbaine tenait à peine sur une feuille A4. Oui mais voilà, rire du bonheur d'autrui, c'est autrement plus difficile que de se moquer de Cindy qui fout des tatanes à Brandon dans les rues du Havre parce qu'il a souhaité bonne journée à la boulangère. Car les voyeurs que nous sommes, pour autant qu'ils aiment à invoquer constamment un cynisme qu'ils croient surdéveloppé (et qu'ils tentent de faire passer pour un nihilisme cool) sont bien incapables de rester insensibles aux beauty shots tournés dans la campagne jurassienne, aux bébés biquettes nourries au biberon ou aux amours naissantes entre des gens qui se lèvent à 5 heures du mat mais pas pour regarder Game of Thrones, ni prendre le RER. L'Amour est dans le pré, c'est un concentré de romance nécessaire, la preuve qu'à 40, 50 ou 60 ans, même la plus dure des carapaces ne résiste pas aux papillons qui nous chatouillent les entrailles. Ou celles de la vache qu'on insémine.
Critique
Love is in the herbe
Publié le 17/07/2016 à 17h21
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