Incarnant, dans l'imaginaire collectif, le fantasme d'une virilité surpuissante, un prolongement phallique combinant, sous les atours rutilants d'une belle cylindrée, la promesse d'une sexualité épanouie et le signe d'extérieur d'une certaine aisance économique, la voiture voyait les grands axes composant sa mythologie légèrement altérée sous la plume de Stephen King magnifiquement adapté au cinéma par John Carpenter dans Christine (1983). Déjà parce que la Plymouth Fury 1957 rouge sang dont Arnie, un adolescent complexé et timide, va littéralement s'amouracher, porte un prénom de femme - Christine, donc - et se présente comme telle : sa dégradation par des voyous est filmée comme un viol, les scènes où elle se régénère sous le regard du jeune homme, comme un numéro de séduction sexy. Ensuite, parce que le cinéaste la pare d'un charme maléfique et d'affects «humains» - jalouse et possessive, elle entraîne Arnie, qui s'avère moins son propriétaire que son amoureux, voire son esclave, sur la pente d'une relation passionnelle, exclusive et meurtrière. Enfin, après avoir exploré le mal sous toutes ses formes, métaphysique et abstrait, invisible ou métamorphe (Halloween, The Fog, The Thing), Carpenter voit en ce fleuron de l'industrie automobile, symbole du consumérisme florissant, l'une de ses expressions contemporaines les plus pernicieuses et puissantes, car solidement ancrée dans la société américaine.
Spécial cadeaux
«Christine», essieu dame
Christine de John Carpenter
(Photo Columbia Pictures)
Publié le 13/12/2019 à 17h11
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