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Aude Goeminne, les teintes retrouvées

(Eingeschränkte Rechte für bestimmte redaktionelle Kunden in Deutschland. Limited rights for specific editorial clients in Germany.) Great Britain, England, London: Couple wearing a mask to defend influenza. 1932 (Photo by ullstein bild/ullstein bild via Getty Images) (Photo Ullstein Bild. Getty Images. Colorisation PhenixPhotos.fr)
Publié le 07/01/2021 à 18h36

Si le port du masque dans l'espace public est furieusement tendance ces jours-ci, l'initiative ne date pas d'hier. Ainsi de ce couple élégant (photo) qui déambule dans Londres, le visage couvert d'un masque en cuir, pour se protéger d'une vilaine épidémie de grippe, en 1932. Ou de ce conducteur de tramway en 1918 à Seattle, qui, bras tendu, interdit à un passager de monter car, précisément, il ne respecte pas les mesures sanitaires destinées à contrer la grippe espagnole.

Cocasses autant qu'instructives, ces deux scènes font partie de l'ouvrage Ils vivaient en couleurs, qui prend la liberté (toujours sujette à débat) de coloriser 250 photos, datées de 1838 à 1945, au motif (de fait contestable) que le noir et blanc original pourrait agir «comme un filtre masquant la réalité et la vividité du passé». La démarche étant avant tout documentaire, le florilège repose sur un agencement thématique brassant une vingtaine de catégories («Enfances», «Dirigeants», «Erotisme», «Accidents», «Sciences et médecine», etc.), chaque image étant décrite et contextualisée par l'agrégée d'histoire Aude Goeminne. L'identité des auteurs des clichés est rarement spécifiée, même si, au détour de telle ou telle page, on croise un gamin fiérot de 11 ans esclavagisé dans une mine de charbon, immortalisé par Lewis Hine en 1908, ou treize ans plus tard, une prostituée du XIXe arrondissement prenant la pose pour Eugène Atget devant une façade lépreuse.

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