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Afrique de l'Ouest

Burkina Faso : l’ancien président putschiste Damiba extradé par le Togo

La junte burkinabè a accusé à plusieurs reprises l’ex-président de la transition renversé par Ibrahim Traoré de «tentatives de déstabilisation». Annoncée ce mardi 20 janvier, cette extradition officielle d’un ancien chef de l’Etat en exil dans un autre pays d’Afrique est inédite.

Paul-Henri Sandaogo Damiba, alors président de transition après son putsch, à Ouagadougou, le 2 mars 2022. (Olympia De Maismont/AFP)
Publié le 20/01/2026 à 18h03

Lâché par son hôte Faure Gnassingbé, président du Conseil du Togo. L’ancien putschiste burkinabè Paul-Henri Sandaogo Damiba a été extradé vers son pays natal, ont indiqué les autorités de Lomé mardi 20 janvier. Il avait renversé le président élu, Roch Kaboré, en janvier 2022. Neuf mois plus tard, le lieutenant-colonel Damiba avait à son tour été chassé du pouvoir par un coup d’Etat, mené par le capitaine Ibrahim Traoré, toujours à la tête du Burkina Faso.

A plusieurs reprises, son successeur l’a accusé d’être le cerveau de nouvelles tentatives de putsch. Damiba a été radié de l’armée pour «intelligence avec une puissance étrangère ou avec des groupes terroristes» visant à déstabiliser le Burkina Faso. Le dernier «complot» en date aurait été «déjoué» au début du mois de janvier : une série d’«aveux» de complices présumés avaient été égrenée à la télévision d’Etat. Tous affirmaient avoir agi sur instruction de Damiba.

Indépendance de la justice

Le 16 janvier, l’ancien putschiste a été arrêté à Lomé, où il était exilé, «en exécution du mandat d’arrêt qui faisait corps avec une demande d’extradition reçue», quatre jours plus tôt, a indiqué le ministre togolais de la Justice, Pacôme Adjourouvi. La cour d’appel de Lomé a donné un «avis favorable» et Damiba a été «remis aux autorités» du Burkina Faso le lendemain. Il est poursuivi pour «détournement criminel de deniers publics, enrichissement illicite criminel, corruption, incitation à la commission de délits et crimes, recel aggravé et blanchiment de capitaux».

Pacôme Adjourouvi précise que l’avis favorable d’extradition a été accordé notamment car des «garanties» auraient été données par Ouagadougou quant au respect de l’intégrité physique de l’ancien président de la transition, et son droit à un procès équitable. L’indépendance de la justice burkinabè est pourtant sérieusement remise en question ces dernières années. Des dizaines de détenus politiques dorment dans les geôles du régime militaire de Ouagadougou. Le ministre de la Justice togolais justifie également l’extradition par «l’absence de la peine de mort» au Burkina Faso, même si la junte l’a récemment réintroduite, pour des crimes de haute trahison.

Violences jihadistes

Le capitaine Traoré mène une politique souverainiste et anti-impérialiste, particulièrement hostile à l’ancienne puissance coloniale française, dont il a chassé les soldats présents pour lutter contre les jihadistes début 2023. Il s’est tourné vers de nouveaux partenaires, à commencer par ses voisins, le Niger et le Mali, confrontés aux mêmes violences jihadistes et gouvernés également par des juntes militaires. Ensemble, ils se sont notamment rapprochés de la Russie et ont formé une confédération, l’Alliance des Etats du Sahel (AES).

Le président du Conseil togolais, Faure Gnassingbé, entretient de bonnes relations avec les dirigeants des pays de l’AES, même s’ils ont quitté avec fracas la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest à laquelle appartient toujours le Togo. L’arrestation et la livraison de Damiba aux autorités burkinabè en est une nouvelle preuve. Dans l’histoire du continent, cette extradition d’un ancien chef de l’Etat en exil dans un autre pays d’Afrique est inédite. Seul le Libérien Charles Taylor, arrêté et expulsé (sans extradition formelle) par le Nigeria en 2006, avait connu un sort similaire.

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