Ils ont fini par avoir ses cheveux. Pendant la révolution soudanaise déjà, en 2019, les paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF) avaient menacé à la pointe du fusil de couper ses dreadlocks, une punition alors infligée à tous les jeunes contestataires qui osaient défier le régime. Ce jour-là, son grand âge lui avait évité de justesse l’humiliation. Six ans plus tard, dans une prison de Khartoum tenue par ces mêmes paramilitaires – entrés en dissidence contre l’armée régulière –, Ahmed Abbakar Ahmed Ali a lui-même demandé à l’un de ses codétenus de lui raser la tête.
Il a gardé avec lui ses longs cheveux enroulés comme des serpents dans un sac en plastique jaune. Comme Samson, Ahmed Abbakar est doté d’une force prodigieuse. Il fut un haltérophile accompli, un lanceur de poids et de javelot multimédaillé, un boxeur redouté – même si depuis la séparation du Soudan du Sud, en 2011, il n’avait «plus assez d’adversaires» à sa mesure sur la scène nationale, dit-il. Ses amis le surnomment «Jeddo». A 60 ans passés, sa poignée de main vigoureuse rappelle douloureusement à qui l’ignorerait son passé d’athlète. Comme le héros biblique, Ahmed Abbakar, un temps brisé par la




