Enfin. L’annonce ce mercredi 12 novembre de la libération de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, incarcéré depuis novembre 2024 en Algérie et condamné à cinq ans de prison ferme en mars 2025 pour «atteinte à l’unité nationale» a été accueillie en France avec soulagement.
Le sort de l’auteur de 76 ans, atteint d’un cancer, inquiétait beaucoup dans le contexte d’hostilité croissante entre Paris et Alger, empêtrés depuis plus d’un an dans une crise diplomatique sans précédent. Premier à réagir, Sébastien Lecornu a remercié devant les députés «celles et ceux qui ont contribué à cette libération», et souhaité que l’écrivain «puisse rejoindre ses proches au plus vite» et «être soigné». Vantant au passage «la méthode faite de respect et de calme» qui a conduit à cette libération, obtenue grâce à une médiation diplomatique allemande.
Enquête
Les réactions politiques ont rapidement afflué. En déplacement à Toulouse, Emmanuel Macron a déclaré s’être entretenu par téléphone avec chef de l’Etat allemand Frank-Walter Steinmeier «pour lui exprimer (s)a profonde gratitude pour les bons offices de l’Allemagne». «Je prends acte de ce geste d’humanité du président Tebboune et l’en remercie. Je reste évidemment disponible pour échanger avec lui sur l’ensemble des sujets d’intérêt pour nos deux pays», a déclaré le président de la République. Et d’ajouter que cette grâce était «le fruit des efforts constants de la France et d’une méthode faite de respect, de calme et d’exigence».
Gabriel Attal, président du groupe Ensemble pour la République à l’Assemblée nationale, s’est quant à lui exprimé sur X : «Enfin gracié ! Au bout d’un combat de près d’un an pour la liberté et contre l’arbitraire, le régime d’Alger accepte enfin de libérer notre compatriote Boualem Sansal. […] Notre mobilisation continue. Boualem Sansal doit maintenant pouvoir revenir rapidement en France.»
L’éphémère Premier ministre en a profité pour rappeler que le journaliste Christophe Gleizes restait quant à lui «emprisonné sans raison dans les geôles algériennes». «La liberté de penser, d’écrire, de douter et de critiquer triomphe aujourd’hui», s’est félicitée la présidente (Renaissance) de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, en remerciant notamment «l’ensemble des députés […] pour leur mobilisation sans faille».
«Ecrivain courageux qui a payé injustement son attachement à la vérité»
Le chef de file des députés de droite Les Républicains Laurent Wauquiez s’est réjoui que Sansal «retrouve sa liberté, et avec elle, l’espérance de tous ceux qui croient au pouvoir des convictions», en remerciant «ceux qui n’ont jamais renoncé et qui ont porté ce combat pour sa libération». Le chef de file des députés Horizon Paul Christophe s’est «réjoui de la libération» de cet «écrivain courageux qui a payé injustement son attachement à la vérité et à la liberté d’expression». Christian Estrosi, dont la mairie de Nice affichait sur son fronton le portrait de l’écrivain depuis près d’un an, a salué une «magnifique nouvelle», espérant «qu’il puisse revenir rapidement en France et que son état de santé s’améliore au plus vite, après une année de privation de soins». Le président du Rassemblement national Jordan Bardella et la cheffe de file des députés RN Marine Le Pen ont aussi exprimé leur «soulagement», affirmant que «cette libération est une victoire pour la dignité et la liberté d’expression d’un écrivain de courage et de vérité».
A gauche, l’ex-président socialiste François Hollande a confié son «émotion et son soulagement» tandis que la patronne des Ecologistes Marine Tondelier a remercié «ceux qui ont œuvré pour cette libération, avec calme et détermination».
«J’étais pessimiste mais j’y ai toujours cru»
Jointe par l’AFP depuis la République tchèque où elle vit, Sabeha Sansal, l’une des filles de l’écrivain, s’est également montrée profondément soulagée : «J’étais un petit peu pessimiste parce qu’il est malade, il est vieux et qu’il pouvait mourir là-bas. J’étais pessimiste mais j’y ai toujours cru. J’ai gardé l’espoir que ça arrive un jour.» «J’espère qu’on va se revoir bientôt», a-t-elle ajouté. Sur Franceinfo, un ami de Boualem Sansal, le poète franco-algérien Kamel Bencheikh, s’est ému lui aussi d’une grâce qui était presque devenue «inimaginable» : «C’est extraordinaire, sublime. Je n’attends plus qu’une chose : le recevoir et l’embrasser, comme on le fait d’habitude.»
Les avocats français de Boualem Sansal, Me Pierre Cornut-Gentille et François Zimeray, ont quant à eux accueilli «avec une profonde satisfaction la nouvelle de [sa] libération, après l’épreuve d’une trop longue détention», et se sont dits «heureux que l’humanité ait prévalu sur toute autre considération». Dans un communiqué de presse, le Comité de soutien de l’écrivain a dit accueillir «avec une immense joie» cette décision qui «fait naître l’espoir qu’il pourra recouvrer la santé». «Nous saluons le courage et la détermination de Boualem Sansal qui n’a, à aucun moment, faibli ou fléchi dans ses convictions, malgré les pressions dont il n’a cessé d’être l’objet depuis un an», ont-ils ajouté.
Mise à jour à 18 h 15 avec l’ajout de la réaction d’Emmanuel Macron.




