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Détention de Christophe Gleizes : la mère du journaliste français demande grâce au président algérien

Dans une lettre adressée au président Abdelmadjid Tebboune, Sylvie Godard défend l’innocence de son fils, jugé coupable d’apologie du terrorisme en Algérie et condamné en appel à sept ans de prison ferme.

Une banderole à l'effigie du journaliste français Christophe Gleizes, sur la façade du bâtiment du conseil départemental des Bouches-du-Rhône à Marseille, le 12 décembre 2025. (Thibaud Moritz/AFP)
Publié le 15/12/2025 à 8h47

Un cri du cœur. La mère du journaliste sportif français Christophe Gleizes, condamné début décembre en Algérie à sept ans de prison ferme en appel, a transmis une demande de grâce au président algérien Abdelmadjid Tebboune. «Je vous demande respectueusement de bien vouloir envisager de gracier Christophe, afin qu’il puisse retrouver sa liberté et sa famille», écrit Sylvie Godard dans une missive datée du 10 décembre et consultée ce lundi 15 décembre par l’AFP, assurant faire appel à la «haute bienveillance» du président algérien. De son côté, le journaliste de 36 ans a formé un pourvoi en cassation contre sa condamnation pour obtenir un nouveau procès, ont fait savoir ses avocats dimanche.

Collaborateur des magazines français So Foot et Society, Christophe Gleizes a été arrêté le 28 mai 2024 en Algérie où il s’était rendu pour un reportage sur le club de football le plus titré du pays, la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK), basé à Tizi-Ouzou, à 100 kilomètres à l’est d’Alger.

Le 3 décembre 2025, la Cour d’appel de Tizi-Ouzou a confirmé sa condamnation à sept ans de prison pour «apologie du terrorisme». La justice algérienne lui reproche des contacts avec des personnes liées au mouvement séparatiste MAK (Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie), classé terroriste en Algérie. Cette entité a d’ailleurs annoncé son indépendance dimanche depuis Paris.

«La confirmation de la condamnation à sept années de prison ferme a été pour Christophe, comme pour moi et ma famille, un choc immense», explique Sylvie Godard dans sa lettre au chef de l’Etat algérien, qu’elle dit écrire «avec gravité et une profonde émotion». «Cette sentence nous est incompréhensible au regard des faits et du parcours de mon fils», développe-t-elle. «Nulle part dans aucun de ses écrits vous ne trouverez trace d’un quelconque propos hostile à l’Algérie et à son peuple.»

Deux jours après la décision en appel, le président français Emmanuel Macron avait jugé «excessif» et «injuste» le jugement prononcé contre Christophe Gleizes, se disant déterminé à trouver «une issue favorable».

Seul journaliste français détenu à l’étranger

Dans un communiqué publié ce lundi, l’association Reporters sans frontières (RSF), qui coordonne le comité de soutien de Christophe Gleizes, appuie cette demande de grâce «afin de mettre fin à une grave injustice». «Nous appelons désormais les autorités algériennes à prendre rapidement la seule décision possible dans ce dossier : libérer Christophe et lui permettre de retrouver les siens le plus rapidement possible», détaille Thibaut Bruttin, directeur général de l’association, cité dans le communiqué.

Christophe Gleizes est actuellement le seul journaliste français en détention à l’étranger. Sa condamnation en première instance en juin 2025 avait été prononcée au pic d’une grave crise diplomatique entre la France et l’Algérie, marquée notamment par le retrait des deux ambassadeurs et des expulsions réciproques de diplomates. Mais les relations bilatérales avaient semblé en voie d’apaisement après l’octroi d’une grâce et la libération par Alger de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, le 12 novembre.

Selon son avocat français Emmanuel Daoud, Christophe Gleizes a, parallèlement au recours en grâce et au pourvoi en cassation, la possibilité d’adresser une demande de mise en liberté à la Cour Suprême, qui peut s’accompagner «d’une demande d’aménagement de sa peine». «Il est aussi très important, psychologiquement, pour Christophe, de contester toute culpabilité car, comme il l’a dit à la Cour, il n’a fait que son métier et n’a, en aucune façon, enfreint la déontologie journalistique», assure l’avocat, cité dans le communiqué publié ce lundi.

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