A Washington, jeudi 4 décembre, sous les yeux de Donald Trump, Kinshasa et Kigali se promettaient la paix. Pourtant, sur place, les affrontements se poursuivent, voire s’intensifient. Le groupe armé antigouvernemental M23, soutenu par l’armée rwandaise, avance depuis une semaine au Sud-Kivu, dans l’est de la république démocratique du Congo, et s’est trouvé lundi aux portes du Burundi voisin. Ces derniers jours, des sources militaires ont témoigné de bombardements de part et d’autre de la frontière entre le Burundi et la RDC. Des tirs dénoncés par le ministre burundais des Affaires étrangères sur les réseaux sociaux, qui seraient dus, selon lui, à «l’attitude belliqueuse» de Kigali.
«Le Rwanda viole déjà ses engagements»
Cette avancée du groupe armé antigouvernemental M23, accompagnée de l’intensification des combats, survient donc quelques jours seulement après la ratification de l’accord entre Kinshasa et Kigali. Signé sous les auspices de Washington jeudi et visant à ramener la paix dans l’Est congolais, région riche en ressources et frontalière du Rwanda et en proie à des conflits depuis trente ans, il était qualifié de «miracle» par le président américain. Le président congolais, Félix Tshisekedi, et son homologue rwandais, Paul Kagame, s’étaient entre autres accordés sur une contrepartie économique assurant à l’industrie américaine un approvisionnement en minerais stratégiques, dont les sous-sols congolais regorgent.
RDC
Si l’accord était surtout censé mettre un terme au conflit dans l’Est congolais, «force est de constater que le Rwanda viole déjà ses engagements», a fustigé lundi Félix Tshisekedi dans un discours à la nation prononcé depuis Kinshasa. Le jour même de la ratification de l’accord, des combats avaient déjà lieu sur le terrain avec des bombardements qui ont touché des maisons et des écoles. Selon des sources sécuritaires, les combats entre le M23, piloté par Kigali, et l’armée congolaise soutenue par des milices pro-Kinshasa, s’intensifient «depuis le 30 novembre et le 1er décembre» avec «d’importants mouvements de troupes».
Menace aux yeux du Burundi
Des mouvements qui font avancer le M23 au sein du Sud-Kivu vers des villes limitrophes au Burundi. Lundi, des affrontements ont été signalés aux abords de la localité de Luvungi, à environ 60 km au nord d’Uvira, le long de la frontière, selon des sources militaires. Uvira est la dernière grande agglomération du Sud-Kivu à échapper au contrôle du M23. Alors qu’elle fait face à la capitale économique burundaise, Bujumbura, la prise de cette ville par le M23 constituerait une menace directe aux yeux du Burundi voisin.
Interview
Dans le cadre d’un accord de coopération militaire en octobre 2023, le Burundi avait déployé environ 10 000 soldats dans l’est de la RDC. Selon plusieurs sources au sein de l’armée, des renforts ont progressivement été envoyés ces derniers mois, portant les troupes à 15 000 ou 20 000 hommes. Les combats qui font rage depuis plus d’une semaine dans les villes congolaises frontalières au Burundi impliquent ainsi plusieurs milliers de soldats burundais en soutien à Kinshasa. En six jours, au moins 20 de ces soldats ont été tués sur le sol congolais, ont annoncé samedi des sources militaires burundaises. Le président burundais, Evariste Ndayishimiye, avait été parmi les premiers à mettre en garde, tout comme l’ONU, contre le risque que le conflit dans l’Est de la RDC ne se transforme en guerre régionale dans les Grands Lacs entre la Tanzanie, l’Ouganda, le Congo, le Rwanda et le Burundi.
Depuis fin janvier, le M23 a pris le contrôle de Goma, capitale du Nord-Kivu, et de Bukavu, capitale du Sud-Kivu. Après cette offensive d’ampleur, qui avait laissé une armée congolaise dépassée, le front s’était relativement stabilisé depuis mars. La reprise et l’intensification des affrontements ces derniers jours a provoqué «de nombreux blessés et des déplacements de populations massifs», a déploré dimanche le Comité international de la Croix-Rouge. 21 blessés, dont 7 enfants, ont été évacués depuis samedi vers l’hôpital d’Uvira, a alerté l’organisation.




