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Tensions

Guinée-Bissau : des militaires affirment «prendre le contrôle total du pays»

Des tirs ont été entendus ce mercredi 26 novembre en milieu de journée près du palais présidentiel. Le président Embaló, au pouvoir depuis 2020, a été arrêté.

Des soldats dans les rues après les scènes de tirs entendus près du palais présidentiel à Bissau, mercredi 26 novembre 2025. (Patrick Meinhardt/AFP)
Publié le 26/11/2025 à 17h07, mis à jour le 26/11/2025 à 18h00

Trois jours après des élections présidentielle et législatives qui se sont déroulées dans le calme, la Guinée-Bissau connaît une soudaine poussée de fièvre ce mercredi 26 novembre. Le président sortant, Umaro Sissoco Embaló, a annoncé à l’hebdomadaire Jeune Afrique qu’il avait été arrêté, à midi, alors qu’il se trouvait dans son bureau, au palais présidentiel. Des militaires ont confirmé à l’Agence France Presse que le chef de l’Etat était détenu « en prison à l’état-major », assurant qu’il était « bien traité ». Rappel des faits.

Que sait-on de la situation sur place ?

Des tirs nourris ont bien été entendus, mercredi à la mi-journée, près du siège de la présidence. Des centaines de personnes, à pied ou dans des véhicules, ont fui la zone pour se mettre à l’abri. Des hommes en tenues militaires ont pris possession de la principale artère menant vers le palais, ont constaté des journalistes sur place, sans que l’on sache à quelle unité – ni à quel camp – ces soldats appartiennent.

Selon Umaro Sissoco Embaló, qui a parlé à Jeune Afrique, le chef d’état-major de l’armée de terre serait derrière ce «coup d’Etat». Le Président affirme que le chef d’état-major général des armées, le général Biague Na Ntan, le vice-chef d’état-major, le général Mamadou Touré, et le ministre de l’Intérieur, Botché Candé, ont été arrêtés en même temps que lui. Il précise qu’il n’a subi aucune violence.

Dans quel contexte intervient cette tentative de coup d’Etat ?

Les électeurs bissau-guinéens ont voté dimanche lors d’un double scrutin, pour désigner leur président et renouveler leur Parlement. Umaro Sissoco Embaló, au pouvoir depuis 2020, partait largement favori - la principale formation d’opposition, le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), et son candidat, Domingos Simoes Pereira, ayant été écartés du scrutin. Le chef de l’Etat a revendiqué la victoire dès le premier tour mardi, deux jours avant l’annonce des résultats provisoires officiels… tout comme son adversaire, le candidat Fernando Dias da Costa.

Dias da Costa avait reçu le soutien de Domingos Simoes Pereira et de son puissant parti, le PAIGC fondé par Amílcar Cabral qui a mené le pays à l’indépendance du Portugal en 1974 par la lutte armée. Lors de la dernière élection présidentielle, en 2019, Embaló et Pereira avaient déjà plongé le pays dans une crise politique qui avait duré plusieurs mois, en revendiquant tous les deux la victoire.

Domingos Simoes Pereira aurait également été arrêté mercredi, selon ses proches. Des « hommes armés » ont fait irruption au siège de campagne de Fernando Dias, et lancé des gaz lacrymogènes pour arrêter les deux opposants, a indiqué à l’AFP un responsable de son équipe de campagne. Le sort du candidat Dias n’était pas connu mercredi soir. 

Un nouveau régime militaire va-t-il s’installer en Afrique de l’Ouest ?

Il est trop tôt pour le dire. La Guinée-Bissau a déjà connu quatre coups d’Etat depuis son indépendance. Le président Umaro Sissoco Embaló lui-même avait déjà dénoncé des «tentatives de putsch» en 2022, puis en 2023. Le scénario d’une prise de pouvoir des militaires en plein processus électoral ressemble à celui qu’a connu le Gabon en août 2024, lorsque le président sortant, Ali Bongo, avait été destitué par le général Brice Clotaire Oligui Nguema. Plus largement, depuis 2020, l’Afrique de l’Ouest a connu une série de coups d’Etat inédite : le Mali, le Burkina Faso, le Niger et la Guinée sont désormais dirigés par des juntes militaires.

A Bissau, ce mercredi après-midi, des officiers ont lu un communiqué au siège de l’état-major des armées, en annonçant prendre le «contrôle total du pays», «suspendre le processus électoral» et fermer les frontières. Le général Denis N’Canha, chef de la maison militaire de la présidence, a déclaré qu’un « Haut commandement pour la restauration de l’ordre, composé de toutes les branches de l’armée » prenait « la direction du pays jusqu’à nouvel ordre ».

Article mis à jour à 18 heures avec la confirmation de l’arrestation du président Embalo par les militaires.

Article mis à jour à 21 heures avec l’annonce de l’arrestation de l’opposant Domingos Simoes Pereira.

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