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Reportage

Inflation au Maroc : «Des gens se suicident car ils ne peuvent plus payer leurs dettes»

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La hausse des prix, effet combiné du Covid, de la guerre en Ukraine et de la sécheresse, est particulièrement douloureuse dans le pays maghrébin où plus de 3 millions de personnes supplémentaires ont basculé dans la pauvreté.

Au souk El-Had, plus grand marché d'Agadir, un vendeur de poules et œufs se plaint de la hausse des prix de ses produits. (Sahad Amin/Libération)
ParLéa Masseguin
envoyée spéciale à Agadir
Publié le 17/03/2023 à 16h00

Aujourd’hui, comme presque chaque jour, Mohammed n’a pas vu l’ombre d’un client. L’octogénaire, qui ne se souvient plus s’il est né en 1942 ou 1943, tente de tuer le temps sur un tabouret installé devant un local vétuste dans le quartier résidentiel de Talborjt à Agadir. Ce Marocain a été contraint de rouvrir le petit commerce familial, dont il a hérité à la mort de son père, pour compléter sa maigre retraite de marin : environ 1 100 dirhams (100 euros) par mois. A l’intérieur, une montagne d’objets poussiéreux – lampes, clubs de golf, cannes à pêche, casquettes pailletées – peine à trouver preneur. «C’est une espace de brocante. J’achète puis je revends, explique le vieillard au bonnet vissé sur la tête et aux oreilles décollées. Avant, ça marchait plutôt bien, mais plus maintenant… La vie est devenue très difficile.»

Comme Mohammed, de plus en plus de Marocains ont du mal à joindre les deux bouts ces derniers mois. Les effets combinés de la pandémie de Covid-19, de la guerre en Ukraine et d’années de sécheresse ont eu un effet dévastateur sur la population, en particulier les ménages les moins aisés. Pas moins de 3,2 millions de personnes supplémentaires ont basculé dans la pauvreté ou dans la vulnérabilité, selon une étude menée par le Haut-Commissariat au Plan, l’institution marocaine chargée de la production statistique.

L’inflation annuelle dans le royaume chérifien, qui touche surtout les ménages les plus pauvres, a atteint un pic alarmant de 8,3 % à la fi

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