Demandez à un Africain francophone ce qu’il pense du Cameroun et, neuf fois sur dix, il fera la même réponse : «C’est un pays très dur.» Sur un continent déjà réputé violent, cet Etat bilingue abritant une minorité anglophone, longtemps surnommé «l’Afrique en miniature» (sahélien au nord, tropical au sud), se distingue par le record de vagues de répressions subies depuis l’indépendance. Ce fut d’ailleurs le seul pays d’Afrique subsaharienne francophone à connaître une véritable guerre d’indépendance, qui a fait, selon les sources, jusqu’à 200 000 morts.
Menée par la France, elle fut d’une violence inouïe (bombardements massifs, villages brûlés, mais aussi viols «punitifs» ou encore têtes coupées, plantées sur des piques à l’entrée des villages supposés rebelles). Une guerre secrète, qui s’est déroulée au même moment que celle d’Algérie et qui sera totalement occultée (1). Quand l’écrivain camerounais Mongo Beti l’évoque dans un ouvrage publié en 1972, Main basse sur le Cameroun, le livre est censuré, retiré des librairies françaises.
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Ces évènements tragiques ne seront pas non plus reconnus officiellement au Cameroun, où l’homme ayant fait allégeance à la France, Ahmadou Ahidjo, va prendre le pouvoir en 1960, au moment de l’indépendance, jusqu’en 1982. Depuis, l’inamovible président du pays, son successeur, Paul Biya, n’a jamais hésité à briser da




