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Enlèvement

Le chef de l’opposition ougandaise, Bobi Wine, assure qu’il a échappé à une tentative de rapt par l’armée, qui réfute

Le principal adversaire de l’indéboulonnable Yoweri Museveni était assigné à résidence depuis jeudi soir. Sa tentative de rapt, démentie par l’armée, intervient au lendemain d’élections présidentielle et législatives tenues dans un climat de répression et avec internet coupé.

Le leader de l'opposition ougandaise Bobi Wine, dans la capitale de l'Ouganda, Kampala, le 15 janvier 2026. (Rian Cope/AFP)
Publié le 16/01/2026 à 21h54, mis à jour le 17/01/2026 à 12h14

Une tentative de rapt et beaucoup de zones d’ombre. Le chef de l’opposition ougandaise, Bobi Wine, a failli être emmené de force par un hélicoptère de l’armée, a informé son parti vendredi soir. «Un hélicoptère de l’armée a atterri» dans la résidence de Bobi Wine «et l’a emmené de force vers une destination inconnue», a d’abord déclaré son parti, la Plateforme d’unité nationale (NUP), sur X. Une arrestation démentie par l’armée ougandaise samedi matin : «Les rumeurs de sa soi-disant arrestation sont sans fondement.»

Finalement, Bobi Wine a précisé dans la matinée samedi avoir réussi à «échapper» à un raid de la police sur sa résidence et avoir quitté les lieux, alors que l’annonce des résultats de l’élection présidentielle est imminente. «Je tiens à confirmer que j’ai réussi à leur échapper. Actuellement, je ne suis pas chez moi, bien que ma femme et d’autres membres de ma famille soient toujours assignés à résidence», a-t-il assuré. «Je sais que ces criminels me recherchent partout et je fais tout mon possible pour assurer ma sécurité», a-t-il ajouté.

Bobi Wine, de son vrai nom Kyagulanyi Ssentamu Robert, 43 ans, est un ancien chanteur de raggamuffin qui a connu détention et torture lors des élections de 2021, et le principal adversaire de Museveni. Il avait accusé sur X le gouvernement de «bourrage massif des urnes» et d’avoir arrêté des cadres de son parti à la faveur du blocage internet qui paralyse le pays depuis mardi. Des accusations qui n’ont pas pu être vérifiées.

Cloîtré

Bobi Wine était assigné à résidence à Kampala, la capitale de l’Ouganda, depuis jeudi soir, dénonçait son parti. «L’armée et la police ont encerclé la résidence du président Kyagulanyi Ssentamu Robert, le plaçant de facto, ainsi que son épouse, en résidence surveillée», condamnait son parti, jeudi soir sur X. «Des agents de sécurité ont franchi illégalement la clôture du périmètre et installent actuellement des tentes à l’intérieur de sa propriété», précisait la NUP.

Des journalistes de l’AFP se sont rendus vendredi près de la maison de Bobi Wine, calme en apparence. Ils ont constaté la présence d’un véhicule de la police et de quelques policiers devant l’édifice. Du fait du blocage d’internet, et d’un réseau téléphonique limité, l’AFP n’a pu joindre aucun cadre de son parti vendredi matin.

«Les informations faisant état d’intimidations, d’arrestations et d’enlèvements de dirigeants de l’opposition, de candidats, de partisans, de médias et d’acteurs de la société civile par les forces de sécurité ont semé la peur et érodé la confiance du public dans le processus électoral», a déclaré à la presse Goodluck Jonathan, représentant des observateurs de l’Union africaine, du Comesa (Marché commun de l’Afrique orientale et australe) et de l’IGAD (Autorité intergouvernementale pour le développement), des blocs régionaux.

De nombreux observateurs voient dans le scrutin organisé jeudi une formalité pour le président ougandais sortant Yoweri Museveni, ex-guérillero âgé de 81 ans dont 40 au pouvoir, qui vise un septième mandat consécutif en s’appuyant sur un contrôle total de l’appareil électoral et sécuritaire.

76,25 % des suffrages

Museveni, qui dirige l’Ouganda depuis 1986, prend d’ailleurs largement la tête des élections selon des résultats préliminaires communiqués vendredi. Après le dépouillement des urnes dans moins de la moitié des bureaux de vote du pays, Yoweri Museveni obtient 76,25 % des suffrages, contre 19,85 % pour Bobi Wine, selon la commission électorale.

La journée électorale jeudi a été marquée par d’importants problèmes techniques, le résultat définitif des scrutins présidentiel et législatifs est attendu d’ici samedi 14 heures, heure de Paris.

Mise à jour samedi 17 janvier à 8 h 05 avec le démenti de l’armée puis à 12 h 15 avec les déclarations de Bobi Wine.
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