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Le peuple du Somaliland «en plein rêve» après sa reconnaissance par Israël, l’Afrique et le monde musulman furieux

L’annonce de l’Etat hébreu, vendredi 26 décembre, a suscité des scènes de joies dans le territoire de la corne de l’Afrique. Mais une grande partie de la communauté internationale s’y oppose, à commencer par les Etats-Unis.

Le Somaliland n’était jusqu’alors reconnue publiquement par aucun pays. (Luis Tato/AFP)
Publié le 27/12/2025 à 19h30

Après une nuit de liesse consécutive à la reconnaissance de leur territoire par Israël, vendredi 26 décembre, des habitants du Somaliland ont confié samedi vivre «un rêve», tandis que plusieurs pays musulmans, des organisations panafricaines et les islamistes shebab ont catégoriquement refusé l’initiative israélienne. L’Etat hébreu a en effet annoncé vendredi la reconnaissance officielle du Somaliland, une première pour cette république autoproclamée qui a fait sécession de la Somalie en 1991.

Alors qu’une foule, drapeau national en mains, a dans la nuit envahi les rues de la capitale Hargeisa, Sagal Hussein, une étudiante de 21 ans, a loué une reconnaissance «qui n’est pas venue facilement». Le pays «mérite cette reconnaissance», a poursuivi la jeune femme. Mohamed Kariye, un habitant d’Hargeisa, a lui loué «un rêve impossible devenant réalité pour le peuple du Somaliland», qui fait que «les gens fêtent et se félicitent pour cette reconnaissance historique» dont il espère qu’elle «ouvrira le chemin à d’autres pays». Le Somalilandais ajoutant : «Nous n’étions pas de bons amis d’Israël, mais maintenant qu’ils nous ont reconnus comme un pays souverain, nous le sommes devenus».

Les Etats africains vent debout

Le gouvernement somalien de Mogadiscio a immédiatement dénoncé une «attaque délibérée» contre sa souveraineté, rejoint par l’Union africaine (UA) et l’Igad, un bloc de pays d’Afrique de l’Est. «Toute tentative visant à saper l’unité, la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Somalie […] risque de créer un dangereux précédent» sur l’ensemble du continent, a averti le Président de la Commission de l’UA Mahmoud Ali Youssouf. Cette «reconnaissance unilatérale va à l’encontre de la charte de l’ONU», a réagi samedi l’Igad, dont la Somalie fait partie.

Les shebab, groupe islamiste armé lié à Al-Qaïda qui se bat depuis 2006 contre le gouvernement somalien, ont eux affirmé samedi qu’ils «combattraient» toute tentative d’Israël d’«utiliser» le Somaliland. Les shebab «rejettent l’ambition des Israéliens de revendiquer ou d’utiliser des parties de nos territoires. Nous ne l’accepterons pas et nous la combattrons», a déclaré leur porte-parole Ali Dheere, dans un communiqué. «C’est une humiliation du plus haut degré aujourd’hui de voir certains Somaliens célébrer une reconnaissance par le Premier ministre israélien [Benyamin] Nétanyahou», quand Israël est «le plus grand ennemi de la société islamique», a-t-il poursuivi.

Une reconnaissance intéressée

L’Egypte, la Turquie, Djibouti, ainsi que plusieurs organisations multilatérales, dont le Conseil de coopération du Golfe (CCG), et la Ligue arabe, ont également rejeté l’annonce israélienne. Le pouvoir iranien a lui dénoncé une «manœuvre malveillante du régime sioniste» et un «complot visant à désintégrer» la Somalie.

Des analystes régionaux ont estimé qu’un rapprochement avec le Somaliland, qui a déclaré unilatéralement son indépendance en 1991, pourrait permettre à Israël de sécuriser son accès à la mer Rouge. Le Somaliland faisait aussi partie d’une poignée d’Etats africains susceptibles d’accueillir des Palestiniens de Gaza expulsés par Israël, selon des rapports de presse datant d’il y a quelques mois, que ni les autorités du Somaliland ni le gouvernement israélien n’avaient commentés.

Donald Trump contre une reconnaissance par les Etats-Unis

Avec les retombées géopolitiques qu’un tel rapprochement peut entraîner, l’annonce israélienne a provoqué un concert de condamnations dans la région et jusqu’à un désaccord du grand ami de Benyamin Nétanyahou, Donald Trump. Le président américain s’est d’ailleurs dit vendredi, dans un entretien au New York Post, opposé à une reconnaissance par les Etats-Unis du Somaliland. «Non», a déclaré le président américain avant de s’interroger : «Est-ce qu’il y a vraiment des gens qui savent ce qu’est le Somaliland ?».

Ces derniers mois, plusieurs sénateurs républicains avaient pourtant appelé à la reconnaissance du Somaliland par les Etats-Unis. Le Texan Ted Cruz avait notamment loué en août «un partenaire clef en matière de sécurité et de diplomatie», qui «a cherché à renforcer ses liens avec Israël et a exprimé son soutien aux accords d’Abraham».

Une république au fonctionnement déjà autonome

Le territoire du Somaliland (175 000 km² soit près du tiers de la France), est situé à la pointe nord-ouest de la Somalie. Il a déclaré son indépendance en 1991, alors que la République de Somalie sombrait dans le chaos après la chute du régime militaire de l’autocrate Siad Barre. La république autoproclamée fonctionne depuis en autonomie, avec ses propres monnaie, armée et police, et se distingue par sa relative stabilité comparée à la Somalie, minée par l’insurrection islamiste des shebab et les conflits politiques chroniques.

Mais elle n’était jusqu’alors reconnue publiquement par aucun pays, ce qui la maintient dans un certain isolement politique et économique malgré sa situation à l’entrée du détroit de Bab-el-Mandeb, sur l’une des routes commerciales les plus fréquentées au monde reliant l’océan Indien au canal de Suez.

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