Chaque mois, des chercheur·ses spécialistes du Sahel livrent à Libération leurs réflexions, leurs éclairages, leurs amusements, leurs colères ou leurs opinions sur la région. Aujourd’hui, le point de vue d’Yvan Guichaoua, chercheur au Bonn International Centre for Conflict Studies.
Aux étudiants qui suivent le cours d’analyse des conflits que j’enseigne, j’ai tendance à rabâcher qu’il faut, dans ce domaine plus que tout autre, toujours se demander comment l’information est construite. C’est un truisme que de dire que, en temps de guerre, l’information, comme les corps et les esprits, est salement amochée.
Au Sahel, elle est évidemment une ressource stratégique pour les belligérants qui rivalisent de récits à leur avantage, souvent très éloignés de la réalité.
Il existe des méthodes pour faire le tri dans les récits orientés et se rapprocher autant que faire se peut de comptes rendus crédibles des événements. Mais ces précautions n’épuisent pas les vertigineux questionnements de la recherche sur les conflits. Où, par exemple, se situe la «vérité» (à supposer qu’elle existe) d’une crise comme celle du Sahel ? Sur le terrain où s’affrontent les combattants ? Dans les capitales et les QG où se prennent les décisions stratégiques et tactiques ? Dans les coulisses du champ politique où se forment et se déforment les alliances ?
Dans les pays voisins, à Paris, à Bruxelles, à Moscou, à Dubaï et à New York où les initiatives diplomatiques se déploient ? Dans




