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«Mascarade»

Présidentielle en Guinée : Mamadi Doumbouya, candidat sans surprise et sans rival

Quatre ans après son coup d’Etat, le chef de la junte entend clore, pour la forme, la période de transition militaire lors du scrutin qui aura lieu fin décembre.

Des milliers de Guinéens se sont rassemblés le 3 novembre aux abords de la Cour suprême pour manifester leur soutien au chef de l’Etat. (Luc Gnago/Reuters)
Publié le 04/11/2025 à 12h21

Personne n’en doutait. Le général Mamadi Doumbouya est officiellement candidat à l’élection présidentielle du 28 décembre. Le chef de la junte guinéenne, au pouvoir depuis qu’il a renversé le président Alpha Condé en 2021, a déposé lundi 3 novembre son dossier de candidature à la Cour suprême, à Conakry. L’athlétique colosse, vêtu d’un boubou blanc, est arrivé et reparti en véhicule blindé, entouré de forces spéciales – l’unité de l’armée qu’il commandait avant son coup d’Etat.

Des milliers de Guinéens, transportés dans des bus et minibus des différentes communes de la capitale, s’étaient rassemblés aux abords de la Cour suprême pour manifester leur soutien au chef de l’Etat. Parmi la foule, certains scandaient : «Mamadi déjà élu», «Mamadi président», «Mamadi champion». Personne ne doute, non plus, qu’il remportera l’élection. Plusieurs partis politiques et médias ont été suspendus, les manifestations, interdites depuis 2022, sont réprimées, et les principaux leaders de l’opposition et de la société civile ont été arrêtés, condamnés ou poussés à l’exil. Aucun candidat sérieux ne peut lui barrer la route.

Un vernis de légitimité

Mamadi Doumbouya a tout de même besoin de ce scrutin pour donner un vernis de légitimité à son exercice du pouvoir. Dans le sillage de Mahamat Idriss Déby au Tchad, ou de Brice Clotaire Oligui Nguema au Gabon, le général guinéen entend gommer son putsch – anticonstitutionnel par nature – grâce à une élection formellement reconnue par la communauté internationale. Qu’importe son double parjure : il avait promis de rendre le pouvoir aux civils avant la fin 2024, et s’était engagé à ne pas être candidat à la présidentielle. Il ne tiendra ni l’une ni l’autre de ses promesses.

Fin septembre, les Guinéens ont approuvé par référendum (à 89,38 % des voix) une Constitution devant mettre fin à la transition militaire - qui dure depuis quatre ans. L’opposition avait appelé au boycott du scrutin, dénonçant «une mascarade» aux «résultats connus d’avance». Le nouveau texte fondamental a remplacé la charte de la transition établie par la junte après le coup d’État et qui interdisait notamment à ses responsables, dont Mamadi Doumbouya, de se présenter aux élections.

«Fossoyeur de la démocratie»

Dans un communiqué publié lundi, les Forces vives de Guinée, un collectif regroupant les principaux partis d’opposition et des organisations de la société civile, ont fustigé une candidature qui «marque un tournant funeste dans l’histoire de notre pays : celui où l’homme qui s’était présenté comme le restaurateur de la démocratie choisit d’en devenir le fossoyeur».

Mamadi Doumbouya, ancien légionnaire de l’armée française, marié à une gendarme de la Drôme, était rentré en Guinée en 2012. Repéré par Alpha Condé, il avait été propulsé en 2018 à la tête du Groupement des forces spéciales. Depuis son putsch, il dirige le pays d’une main de fer, mais sans rompre avec la France, à la différence des juntes voisines du Sahel.

Plusieurs autres candidats ont également déposé lundi leur dossier de candidature, dont le leader du parti centriste Bloc libéral, Faya Millimono, seule formation encore critique vis-à-vis de la junte, et la présidente du Front pour l’alliance nationale (FAN), Makalé Camara, ancienne ministre des Affaires étrangères. La Cour suprême doit annoncer la liste définitive des candidats avant le 13 novembre.

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