«Quand le bourdonnement devenait trop fort, on courait se réfugier dans la montagne» : au Soudan, les traumas de la guerre des drones
L’adolescent aux oreilles décollées et au nez allongé escalade le portail avec agilité, bondit souplement de l’autre côté. Quelques secondes plus tard, la porte en métal s’entrouvre en grinçant. «C’est là que le docteur est mort», dit-il. Le 14 octobre, un drone kamikaze s’est écrasé dans la cour de la villa de Saddiq Osman Al-Faki à Id Babikir, dans la banlieue Est de Khartoum. Le médecin dormait dehors avec son fils. Les deux ont été tués.
Abdessetar, 19 ans, est un des premiers à être arrivé sur les lieux de l’explosion. «Le docteur était un homme sage et généreux, je le voyais tous les jours, je l’embrassais sur la tête. Il me soignait gratuitement à sa clinique, tient-il à témoigner. Il était vivant quand on l’a trouvé, mais inconscient, blessé à la jambe et à la nuque. Il est mort avant d’arriver à l’hôpital.» Le jeune homme ne sait pas pourquoi le bon docteur et son fils ont été tués. Ni personne, apparemment, dans le quartier. Le drone a soufflé les fenêtres et démoli un mur. L’incendie qui s’en est suivi a brûlé le beau jardin. Tout autour de l’impact, des débris de l’engin tueur sont encore visibles.