«Ne repose jamais en paix», a écrit samedi sur Twitter une rescapée du génocide en apprenant le décès de Théoneste Bagosora. La mort efface en principe les ressentiments. Mais cet octogénaire, condamné pour «crimes contre l’humanité», aura incarné plus que quiconque la volonté d’exterminer la minorité tutsie au printemps 1994. A l’époque, officiellement simple directeur de cabinet du ministre de la défense, cet officier hutu alors à la retraite était en réalité bien plus puissant. C’est lui qui prend les commandes du pays, juste après l’attentat contre l’avion du président Juvénal Habyarimana, le soir du 6 avril 1994. Touché par deux mystérieux tirs de missiles, le Falcon présidentiel s’écrase lors de l’atterrissage à Kigali et le Rwanda plonge aussitôt dans un bain de sang bien préparé. Barrages immédiatement dressés sur les routes, meurtres et pillages, effectués maison par maison au moyen de listes préétablies. Dans un pays sous le choc, Bagosora s’impose dans la foulée, à la tête d’un «comité de crise», qui n’a pourtant aucune légitimité institutionnelle.
C’est en réalité un coup d’Etat fomenté par les faucons du régime. Mais la disparition soudaine du chef de l’Etat rwandais créé également le choc nécessaire pour déclencher l’extermination de la minorité tutsie du pays, aussitôt accusée d’avoir abattu l’avion présidentiel. S’en suivra, au nom d’une soif de vengeance attisée par une propagande efficace, le plus fulgurant massacre du XXe siècle : un mi




