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Conflit

Sur fond de combats meurtriers, le Rwanda et la RDC signent un accord de paix à Washington

Alors que les affrontements se poursuivent entre le M23 et l’armée congolaise, les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame étaient ce jeudi soir en compagnie de Donald Trump pour parapher un texte en lequel seul le président américain semble croire.

Donald Trump entouré des présidents du Rwanda, Paul Kagame (à gauche), et de la RDC, Félix Tshisekedi, ce jeudi, à Washington. (Chip Somodevilla/Getty Images. AFP)
Publié le 04/12/2025 à 21h31

Alors les combats font rage dans l’est de la république du Congo, Donald Trump l’assure : «Cela va être un grand miracle». A Washington, le président américain a présidé ce jeudi 4 décembre une cérémonie de signature d’un accord de paix avec ses homologues congolais et rwandais. Il a vanté un accord «puissant et détaillé», tandis que les présidents de la RDC, Félix Tshisekedi, et du Rwanda, Paul Kagame, ont eu une tonalité plus prudente.

Les deux dirigeants vont à l’avenir «passer beaucoup de temps à se donner des accolades et se tenir la main», a prédit Donald Trump, avec son emphase habituelle, assurant que «tout le monde allait gagner beaucoup d’argent» grâce à ces «accords de Washington», qui comportent une dimension économique.

Cette cérémonie est le résultat d’une «forte pression» exercée par les Etats-Unis, estime Reagan Miviri, chercheur à l’institut congolais Ebuteli contacté par l’AFP. «Pour eux, l’essentiel est peut-être moins le contenu de l’accord que l’événement lui-même.»

«Grand honneur»

La signature, qui visait à formaliser des engagements pris en juin déjà sous la houlette de Washington, a eu lieu au siège de l’«Institut Donald Trump pour la paix». Anciennement «Institut américain pour la paix», cet organisme a été renommé mercredi 3 décembre par le Département d’Etat et porte désormais sur sa façade le nom du président américain. «C’est un grand honneur», s’est réjoui Donald Trump, qui se targue d’être un grand pacificateur même si ses interventions dans divers conflits internationaux ont eu des résultats contrastés.

Paul Kagame a salué sa médiation «pragmatique», tout en avertissant qu’il y aurait «des hauts et des bas» dans l’application de l’accord. Félix Tshisekedi a lui aussi remercié le républicain de 79 ans pour avoir amené un «tournant», et a salué «le début d’un nouveau chemin», avertissant toutefois qu’il serait «exigeant» et «assez difficile».

Ces accords signés comportent trois volets. Le premier porte sur la cessation des hostilités, avec l’instauration d’un cessez-le-feu, un programme de désarmement, un processus de retour des personnes déplacées et des mesures de «justice» contre les responsables d’exactions, selon Donald Trump. Le second volet est un cadre d’intégration économique régionale. Le dernier pan porte sur la conclusion d’accords bilatéraux des Etats-Unis avec chacun des deux pays sur l’exploitation de minerais stratégiques, indispensables aux industries de pointe et dont la RDC en particulier regorge.

«Beaucoup de morts»

Loin de Washington, sur le terrain, les combats font rage depuis plusieurs jours entre le groupe armé M23, soutenu par Kigali, et l’armée congolaise appuyée par des milices, dans la province du Sud-Kivu, dans l’est de la RDC, selon des sources locales. Le M23 – qui n’a jamais reconnu officiellement ses liens avec Kigali – et les autorités de RDC s’accusent régulièrement de violer le cessez-le-feu qu’ils s’étaient engagés à respecter dans le cadre d’une médiation parallèle menée par le Qatar à Doha.

Des tirs d’armes lourdes et légères ont résonné en début de matinée aux abords de Kamanyola, une agglomération congolaise contrôlée par le M23, frontalière du Rwanda et du Burundi, a constaté un journaliste de l’AFP sur place. A Kaziba, une localité située dans les plateaux du Sud-Kivu, les affrontements ont repris «à partir de 5 h 30» locales, et des avions de chasse ont «pilonné» la zone vers 8 h 30, a précisé un représentant de la société civile sous couvert de l’anonymat.

«Beaucoup de maisons ont été bombardées et il y a beaucoup de morts», avait déclaré René Chubaka Kalembire, un responsable administratif à Kaziba, localité sous contrôle du M23, mercredi 3 décembre à l’AFP. L’agende de presse précise ne pas avoir été en mesure de déterminer un bilan fiable de ces affrontements auprès de sources indépendantes. Depuis trois décennies, les conflits armés qui ensanglantent la région ont déplacé des centaines de milliers de personnes et provoqué une vaste crise humanitaire.

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