Un ressortissant français dort depuis un mois en prison à Ouagadougou. Le directeur au Burkina Faso de l’ONG International NGO Safety Organisation (Inso), spécialisée dans la sécurité humanitaire, a été arrêté le 28 juillet à Ouagadougou, soupçonné d’espionnage, a révélé le Monde mercredi 3 septembre. Il est «bien traité» et son organisation est en «contact avec les autorités du Burkina Faso» pour obtenir sa libération, a indiqué «une source proche du dossier» à l’AFP.
Inso, basé à la Haye aux Pays-Bas, fournit notamment des analyses sécuritaires pour d’autres organisations humanitaires. «Vu que c’est une ONG qui fait de l’analyse de contexte, la recherche d’informations, elle doit très certainement paraître suspecte aux yeux des autorités locales», a expliqué un expert de la région. «La gestion d’un incident grave requiert une grande prudence. Nous nous efforçons ainsi de maintenir un dialogue professionnel et respectueux avec les autorités afin de résoudre la situation», a réagi le service de communication d’Inso. L’ONG juge la révélation dans la presse de la détention de son directeur pays «malvenue» car elle «risque de compromettre les efforts continus déployés pour résoudre la situation».
Des ONG interdites d’exercer
Le 31 juillet, trois jours après l’arrestation du patron d’Inso, l’activité de l’organisation a été suspendue pour trois mois par les autorités burkinabè, au motif de sa «collecte de données à caractère sensible sans autorisation préalable». Fin 2024, le Niger, pays voisin du Burkina également dirigé par une junte militaire, avait aussi révoqué l’autorisation d’exercer de l’ONG sur son territoire. Entre juin et juillet, le régime burkinabè a interdit à 21 organisations non gouvernementales d’exercer et suspendu dix autres associations pour une durée de trois mois. Elle a promulgué le 17 juillet une nouvelle loi, plus restrictive, sur les associations et les ONG étrangères.
Sahel
Le gouvernement n’a pas communiqué sur l’arrestation du directeur d’Inso. La junte du capitaine Ibrahim Traoré, qui affirme régulièrement déjouer des «tentatives de déstabilisation», a rompu avec la France, ex-puissance coloniale : elle a exigé le départ en 2023 des soldats engagés dans la lutte antijihadiste et a expulsé des diplomates français l’an dernier. Quatre fonctionnaires de la DGSE, accusés d’espionnage, avaient été détenus pendant un an à Ouagadougou, avant d’être libérés en décembre 2024 avec l’aide d’une médiation marocaine.




