Leur relation avait démarré par une blague douteuse. Nous sommes en 2018, deux mois après l’attribution de la Coupe du monde 2026 de football aux Etats-Unis, au Mexique et au Canada. Donald Trump reçoit pour la première fois à la Maison Blanche Gianni Infantino. Le président de la Fédération internationale de football (Fifa) offre alors un carton rouge, en suggérant au dirigeant américain d’extrême droite de s’en servir «chaque fois qu’[il veut] expulser quelqu’un». Tout sourire, Trump avait brandi alors l’objet aux médias présents.
Ce vendredi, aux alentours de 18 h 30, Donald Trump a reçu des mains de Gianni Infantino un autre trophée, ont de nouveau mis en scène leur complicité, le patron de la Fifa lui remettant ce trophée, étrange assemblage de mains brandissant un planisphère, le tout enrobé de feuillages dorés si chers au président américain. Une remise de prix aux allures de lot de consolation pour le déçu du prix Nobel de la paix, la récompense reconnaissant, selon Infantino, «les énormes efforts d’individus qui unissent les gens et apportent l’espoir aux générations futures». Un secret de polichinelle : la Fifa – dont les bureaux new-yorkais sont situés dans la Trump Tower – s’était abstenu de dévoiler le lauréat, mais The Times ne s’était pas privé de gâcher la surprise. Qu’importe aux yeux du président autoritaire de la première puissance mondiale. «C’est l’un des grands honneurs de ma vie», a-t-il dit après la remise. Rien de moins.
Neutralité politique maltraitée
Pour rappel, le patron du foot mondial, qui s’est invité à de multiples reprises dans le bureau ovale cette année, notamment pour présenter le trophée du Mondial des clubs disputé cet été, était même présent à l’investiture de Donald Trump en janvier dernier. «Gianni a manifestement une relation très étroite avec Trump, et en profite parce que les deux parties ont un intérêt mutuel à ce que le Mondial 2026 fonctionne», estime John Zerafa, spécialiste de communication sportive au Royaume-Uni.
Cette alliance stratégique doit permettre le bon déroulé d’une compétition aux défis logistiques inédits, dans un pays où va se disputer 82 des 104 matchs au programme, Trump ayant menacé, pour ne rien arranger, de priver de rencontres certaines villes démocrates (comme Los Angeles, Seattle ou Boston). «Si je pense qu’il y a un problème de sécurité, j’appellerai Gianni, qui est formidable, et je dirai : “Déplaçons [le match, ndlr] vers un autre endroit.” Et il le ferait», déclarait Trump en octobre.
Analyse
L’alliance entre les deux hommes s’est aussi déplacée sur le terrain géopolitique, Infantino suivant Trump lors de visites au Qatar, en Arabie Saoudite ou encore plus récemment en Egypte lors d’un sommet sur Gaza, voué à consolider le cessez-le-feu. «Sans Trump, il n’y aurait pas de paix», avait alors déclaré le président de la Fifa, s’attirant de nombreuses critiques.
Nick McGeehan, fondateur de l’association de défense des droits humains FairSquare, avait qualifié la présence d’Infantino en Egypte de «profondément troublante». «Infantino a abandonné toute prétention de neutralité politique, que la Fifa prône et s’engage à respecter en vertu de ses statuts», estimait-il, plaçant le patron du foot mondial «absolument dans le camp» de Trump et du Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, selon lui.
Au-delà du débat footballistique
Symbole de l’inquiétude générale, plusieurs organisations internationales – dont la Sport & Rights Alliance, Dignity 2026, Amnesty International, Human Rights Watch et Reporters sans frontières – ont exhorté mercredi la Fifa «à organiser une Coupe du monde qui respecte les droits des supporteurs, des joueurs, des travailleurs, des journalistes et des communautés locales».
A lire aussi
Car Infantino n’a pas hésité à faire des commentaires favorables à la politique intérieure du Républicain lors du «America Business Forum» début novembre à Miami. Donald «Trump met simplement en œuvre ses promesses […]. Je pense que l’on devrait tous soutenir son action, parce que je pense qu’il s’en sort très bien», avait-il avancé.
Or, pour Miguel Poiares Maduro, ex-président du comité de gouvernance de la Fifa interrogé par The Athletic, les remarques d’Infantino constituent une violation des statuts de l’instance. «Un président de la Fifa peut demander que les résultats d’une élection soient respectés, mais Infantino va bien au-delà […], il prend position au cœur d’un débat politique interne aux Etats-Unis.»
Mise à jour à 18 h 41 avec la remise du prix à Donald Trump.




