Une casquette rouge USA les attendait tous sagement sur leur bureau. Assis en rang d’oignon façon ONU du pauvre, un parterre hétéroclite de dirigeants étrangers amis de Donald Trump ou cherchant sa bienveillance s’est réuni jeudi 19 février à Washington pour la première réunion du «Conseil de la paix», organe diplomatique sorti il y a quelques mois du chapeau mégalo du président américain.
La rencontre, qui se déroulait à l’Institut Trump pour la paix à Washington, a démarré par une angoissante photo de famille avec Guns N’Roses en fond sonore, le milliardaire de 79 ans incitant ses invités à sourire.
Quelque 47 pays dont seulement certains sont membres à proprement parler de ce «Conseil», le patron de la Fédération internationale de foot, Gianni Infantino, et l’Union européenne, venue en «observatrice», étaient représentés pour parler de la stabilisation de la bande de Gaza, en pleine escalade militaire avec l’Iran. Dans son discours largement improvisé, Donald Trump a enjoint Téhéran à conclure un accord «pertinent» sous peine que «de mauvaises choses» arrivent. Alors que les Etats-Unis ont déployé une force massive dans la région, le président américain a donné au régime iranien un ultimatum de dix jours.
Puis il a rendu hommage à certains de ses alliés présents, comme le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, ou le président argentin d’extrême droite Javier Milei. Et s’est moqué de l’ONU, qui «a un grand potentiel» mais ne l’a «jamais réalisé», contrairement à lui, qui se flatte d’avoir réglé tout seul huit conflits depuis son retour au pouvoir. D’ailleurs, a-t-il ajouté, le «Conseil de paix» va «presque surveiller» l’ONU et «s’assurer qu’elle fonctionne correctement», a-t-il ajouté.
«Une nouvelle Riviera sur la Méditerranée»
«Nous allons aider Gaza. Nous allons régler ça. Nous en ferons un succès. Nous y apporterons la paix et nous ferons de même dans d’autres endroits chauds qui surgiront», a-t-il déclaré en clôturant la réunion. Après plus de quatre mois de cessez-le-feu, les tirs et les frappes restent quotidiens à Gaza, où Israël et le Hamas s’accusent mutuellement de violer la trêve.
La deuxième phase du plan de paix de Trump prévoit le retrait progressif des troupes israéliennes qui contrôlent environ la moitié du territoire palestinien, et le déploiement d’une force internationale de stabilisation. Le président américain a déclaré que plusieurs pays, majoritairement du Golfe, avaient promis «plus de 7 milliards de dollars» pour reconstruire le territoire dévasté.
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Lors de la rencontre, la présidence américaine a également présenté son «master plan» de la reconstruction de la bande de Gaza : un plan d’urbanisme montrant, à la place des décombres, le territoire séparé en zones résidentielles, espaces touristiques et parcs, ainsi que des visuels délirants d’immeubles futuristes en bord de mer. Un projet mijoté dans la foulée du 7 Octobre par le magnat de l’immobilier Yakir Gabay, proche du gendre de Trump Jared Kushner et désormais membre du conseil d’administration du «Conseil de la paix». Selon le Times of Israel, ce dernier a pris la parole jeudi pour vanter son objectif de créer sur le littoral de Gaza «une nouvelle Riviera sur la Méditerranée avec 200 hôtels et potentiellement avec des îles».
JUST IN - Jared Kushner shows a slideshow outlining the “master plan” for the future of Gaza pic.twitter.com/vSGZRFrRSv
— Insider Paper (@TheInsiderPaper) January 22, 2026
Dans le plan de paix américain, l’Indonésie, pays en grande majorité musulman, devrait assumer le rôle de commandant adjoint de la force de stabilisation, a annoncé le général américain Jasper Jeffers, précisant que cinq pays s’étaient déjà engagés à fournir des troupes, citant outre l’Indonésie, le Maroc – premier pays arabe à le faire publiquement –, le Kazakhstan, le Kosovo et l’Albanie. L’Indonésie s’est dite prête à fournir 8 000 soldats à cette force sous commandement américain, qui pourrait compter jusqu’à 20 000 hommes. Selon le Guardian, les Etats-Unis prévoient de construire dans la bande de Gaza une base militaire pouvant accueillir jusqu’à 5 000 soldats.
Mission très vague de résolution des conflits dans le monde
De son côté, le nouveau Haut représentant pour Gaza, le diplomate bulgare Nickolay Mladenov, a annoncé le début du recrutement d’une nouvelle force de police palestinienne à Gaza, soulignant que 2 000 personnes s’étaient déjà portées volontaires. Deux pays, l’Egypte et la Jordanie, se sont engagés à former des policiers.
Au moment où se tenait le Conseil, le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a insisté sur la nécessité d’un désarmement du Hamas avant toute reconstruction de Gaza. «Tout processus politique ou tout arrangement discuté concernant la bande de Gaza et l’avenir de notre peuple palestinien doit partir de l’arrêt total de l’agression [israélienne], de la levée du blocus et de la garantie des droits nationaux légitimes de notre peuple, au premier rang desquels son droit à la liberté et à l’autodétermination», a répondu le mouvement islamiste palestinien dans un communiqué.
Trump a aussi profité de l’occasion pour annoncer une contribution américaine de 10 milliards de dollars pour son «Conseil de la paix», qui sera doté d’une mission plus large et très vague de résolution des conflits dans le monde, marchant de fait sur les plates-bandes de l’ONU honnie.
Les grands alliés traditionnels et les grands rivaux des Etats-Unis se sont cependant abstenus dans leur majorité de rejoindre l’organisme comme membres fondateurs. «Tant qu’il existe une ambiguïté sur son périmètre, la France ne peut pas y participer tout simplement», a affirmé Pascal Confavreux, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. La France a par ailleurs vertement critiqué la présence de la commissaire européenne Dubravka Suica, soulignant qu’elle n’avait reçu aucun mandat pour y assister.




