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A l’ONU, une nouvelle résolution de soutien massif à l’Ukraine adoptée

A l’heure du premier anniversaire de l’invasion russe, ce vote avait pour principal enjeu de permettre à chacun de compter les siens. Le texte a été adopté par 141 voix, face à 7 contre et 32 abstentions.

L'assemblée générale des Nations Unies, jeudi soir à New York, après le vote d'une troisième résolution condamnant l'invasion russe de l'Ukraine. (Timothy A. Clary/AFP)
ParJulien Gester
correspondant à New York
Publié le 24/02/2023 à 8h18, mis à jour le 24/02/2023 à 8h18

Au milieu de la nuit du 23 au 24 février 2022, le conseil de sécurité des Nations Unies, réuni en urgence, palabrait encore à vide sur l’opportunité de maintenir la paix en Ukraine quand les premiers bombardements et l’invasion russes avaient débuté leur œuvre de dévastation, ininterrompue depuis. Un an plus tard exactement, bien que maintes fois renvoyée depuis à son impuissance et à la portée toute virtuelle de son action (à l’exception notable de l’accord arraché sur le déblocage du blé ukrainien), l’ONU a largement adopté jeudi soir, lors d’une session extraordinaire de son assemblée générale, une résolution pour appeler à la «cessation des hostilités» et visant à «exiger» de la Russie qu’elle «retire immédiatement, complètement et sans condition toutes ses forces militaires du territoire ukrainien à l’intérieur des frontières internationalement reconnues du pays» – ce qui suppose donc aussi un retrait des territoires arrachés en 2014, au Donbass et en Crimée, dont Moscou, quasi seul contre la communauté internationale, revendique l’allégeance et la souveraineté.

Ce vote, aux termes analogues à trois précédents déjà depuis le début de la guerre, avait une nouvelle fois pour principal enjeu de permettre à chacun de compter les siens, à l’heure cette fois du premier anniversaire de l’invasion : la large majorité de pays de tous continents ligués derrière l’Ukraine (environ 140 chaque fois), le quarteron des autocraties alignées sur le Kremlin pour voter contre (Bélarus, Syrie, Corée du Nord) et la quarantaine de ceux qui, en s’abstenant, préfèrent ranger leurs intérêts, leur dépendance ou leurs sympathies russes derrière une neutralité de façade (Chine, Inde, Iran, Arménie, Algérie, Afrique du Sud, Cuba…). Un verdict quasi conforme aux précédentes résolutions de l’ONU du même ordre (32 abstentions, 141 votes pour, 7 contre, le Mali, le Nicaragua et l’Erythrée s’étant joints aux usual suspects pro-russes) sera venu attester d’un relatif statu quo qui dit l’endurance ou l’entêtement des différents blocs, et en premier lieu l’absence d’usure de la constellation des soutiens au supplice ukrainien.

Les «atrocités» comme armes de guerre

En préalable du scrutin, les ministres des Affaires des étrangères de dizaines de pays ont défilé à la tribune pour exhorter le Kremlin de cesser de piétiner le droit international et la charte des Nations unies, rappelant de concert qu’il suffirait aux Russes de cesser les combats et se replier pour que le conflit touche aussitôt à son terme – alors que, selon un refrain largement repris, si les soldats de Kyiv baissaient les armes, «ce serait la fin non pas de la guerre mais de l’Ukraine». «La Russie ne montre aucun désir pour la paix», a affirmé la Française Catherine Colonna. «Elle ne connaît de dialogue que celui qui soumet les autres, en Ukraine comme ailleurs, et elle ne connaît de paix que celle du silence, des morts, et des ruines.»

Tandis que se multipliaient les appels, en écho à l’une des mesures du texte mis au vote, à faire rendre des comptes au Kremlin et lui arracher à terme une réparation des dommages causés, de nombreuses voix européennes (France, Lituanie, Lettonie, Pays-Bas, Pologne, Danemark…) ont insisté aussi sur les «atrocités» érigées en armes de guerre par les forces russes, dont les preuves et témoignages abondent désormais : «Meurtres, viols, tortures, enlèvements et adoptions illégales d’enfants ukrainiens», «violences sexuelles et déportations forcées», «destruction de villes et d’infrastructures civiles», «atrocités confinant au génocide»… Mercredi, l’émissaire de Moscou à l’ONU avait répliqué d’avance en qualifiant la résolution de «russophobe» et assuré que mettre en défaite une puissance nucléaire relevait du «fantasme» : mais l’Occident, selon lui, serait «prêt à plonger le monde entier dans les abysses de la guerre» pour «infliger une défaite» à son pays.

Nouvelle salve de sanctions

Kyiv s’est félicité de cette nouvelle motion favorable, Volodymyr Zelensky tweetant sa reconnaissance d’une telle «manifestation mondiale de solidarité au peuple ukrainien» tandis que le chef de son administration, Andreï Yermak, triomphait : «C’est une victoire […]. Le monde comprend de quel côté est la vérité.» Un diagnostic renchéri par le ministre des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba. «Ça va bien au-delà de l’Occident» a-t-il voulu retenir de cette vague à nouveau massive d’adhésion à l’appel qu’il avait lancé la veille, en ouverture de la session extraordinaire de l’ONU : «Dans cette guerre il n’y a pas deux camps, pas d’équivalence possible des parties ; il y a un agresseur et une victime.»

Cet élan de sympathie internationale masque pourtant, à l’heure du bilan anniversaire, la réalité d’un échec des puissances occidentales à isoler et asphyxier la Russie comme elles le lui avait promis en rétorsion de l’embardée belliciste de Poutine. Cela, précisément parce que nombre de nations africaines et asiatiques notamment se seront refusé à couper les ponts avec un partenaire de poids au nom d’un conflit qu’elles jugent surtout l’affaire de l’Europe et de ses protecteurs américains.

La Maison Blanche, par la voix de sa porte-parole Karine Jean-Pierre, n’en a pas moins promis jeudi une nouvelle salve de sanctions «considérables» à l’encontre des banques, de l’industrie de défense russes et «des acteurs dans des pays tiers qui tentent de combler et contourner» les mesures déjà en place. Une batterie de nouvelles dispositions que Joe Biden devrait détailler à l’issue d’une concertation du G7 lors d’un sommet virtuel prévu vendredi.

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