L’étau de la violence se resserre petit à petit sur Minneapolis. Un agent de la police fédérale de l’immigration américaine (ICE) a tiré dans la jambe d’un homme vénézuélien mercredi 14 janvier dans la principale ville du Minnesota, ont fait savoir les autorités municipales. De son côté, Donald Trump a menacé d’invoquer l’Insurrection Act si les autorités du Minnesota ne parvenaient pas à mettre fin à de prétendues «attaques» contre sa police de l’immigration, alors que des manifestations s’organisent à Minneapolis depuis que l’ICE y a abattu Renee Good il y a une semaine.
Reportage
Ce mercredi 14 janvier au soir, les faits ont eu lieu lors d’une altercation devant une résidence dans le nord de Minneapolis. «Au cours de l’altercation, l’agent fédéral a fait usage de son arme, touchant un homme adulte», a déclaré le chef de la police municipale Brian O’Hara lors d’une conférence de presse. L’homme a été blessé à la jambe et transporté à l’hôpital mais ses jours ne sont pas en danger, selon les autorités.
Des responsables du ministère de la Sécurité intérieure ont confirmé le tir de l’agent de l’ICE, affirmant qu’«un étranger en situation irrégulière venant du Venezuela» avait résisté à son arrestation après un contrôle routier. «Pendant que le suspect et le représentant des forces de l’ordre se battaient au sol, deux individus sont sortis d’un appartement voisin et ont aussi attaqué l’agent des forces de l’ordre avec une pelle à neige et un manche à balai», a déclaré le ministère. Le policier a alors «tiré un coup de feu défensif pour protéger sa vie», selon l’institution, sans toutefois apporter de preuves à ces affirmations.
L’Insurrection Act contre les «insurgés»
La légitime défense avait déjà été invoquée par le gouvernement comme justification de la violence de l’ICE envers les habitants de Minneapolis, lors de la mort de Renee Nicole Good le 7 janvier. L’Américaine de 37 ans a été abattue à bout portant alors qu’elle participait à une action pour gêner une opération des agents fédéraux, envoyés en nombre dans la ville pour mener des séries d’arrestations.
L’affaire a déclenché des protestations partout dans le pays, auxquelles le gouvernement américain a répondu en annonçant dimanche l’envoi de «centaines» d’agents fédéraux supplémentaires à Minneapolis. Jeudi, Donald Trump est allé plus loin sur son réseau Truth Social : «si les politiciens corrompus du Minnesota ne respectent pas la loi et ne s’emploient pas à empêcher les agitateurs professionnels et les insurgés d’attaquer» les agents de l’ICE, «je vais invoquer l’Insurrection Act», a-t-il menacé. Il s’agit d’une forme d’état d’urgence qui permet à l’Etat fédéral d’utiliser l’armée à des fins de maintien de l’ordre sur le territoire américain. Il a été invoqué pour la dernière fois en 1992 en Californie lors des émeutes liées à la mort de Rodney King.
«Chaos», «perturbations» et «traumatismes»
«Nous comprenons qu’il y a de la colère», ont pour leur part écrit les autorités municipales à la population sur le réseau social X après le tir de mercredi, ajoutant que «la ville de Minneapolis exige une nouvelle fois que l’ICE quitte immédiatement la ville et l’État». L’incident a déclenché une manifestation au cours de laquelle des mortiers d’artifice ont été tirés sur des agents, a affirmé le chef de la police aux journalistes. Selon le journal local Minnesota Star Tribune, quelques centaines de personnes ont fait face durant plusieurs heures aux forces de l’ordre, qui ont fait usage notamment de grenades assourdissantes pour les disperser.
Les élus de Minneapolis et de l’État du Minnesota ont dénoncé les actions des agents du ministère de la Sécurité intérieure, y compris ceux de l’ICE. Dans une vidéo publiée plus tôt mercredi sur X, le gouverneur du Minnesota Tim Walz a dénoncé «le chaos, les perturbations et les traumatismes que le gouvernement fédéral fait subir à notre communauté», décrivant des interrogatoires porte-à-porte menés par des agents de l’ICE «armés, masqués et sous-entraînés».




