Aussi bien par son caractère tardif que par son absence de critiques envers le bellicisme de Trump, la position adoptée par Emmanuel Macron à l’intervention américaine au Venezuela ce samedi 2 janvier a été unanimement critiquée par la gauche, qui accuse le président français de complaisance envers les États-Unis.
Le billet de Thomas Legrand
«Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolas Maduro et ne peut que s’en réjouir», a écrit sur X le chef de l’État, à 19 h 30, soit plus de dix heures après le début de l’opération américaine. «En confisquant le pouvoir et en piétinant les libertés fondamentales, Nicolas Maduro a porté une atteinte grave à la dignité de son propre peuple», a-t-il insisté, sans évoquer dans son tweet les attaques américaines qui ont abouti à la capture du président vénézuélien sur son propre sol. Ni la volonté de Trump de s’emparer du pays et de ses ressources
Peu après, l’entourage d’Emmanuel Macron a fait l’explication de texte auprès de la presse et a fait savoir peu après qu’avait été pris «acte de l’opération américaine». «Un dictateur a été déchu. Le droit international doit désormais être respecté», a-t-on fait valoir de même source, ajoutant que la «souveraineté nationale doit prévaloir».
«Honte ultime»
Mais pour Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, «la prise de position de Macron n’est pas la voix de la France. Il nous fait honte. Il abandonne le droit international». «Jour sombre pour notre pays», a-t-il encore écrit sur X, appuyé par son lieutenant Manuel Bompard, qui s’est désolé de voir «la France réduite à féliciter les coups de force de Trump».
Même indignation du côté du Parti socialiste. Selon son premier secrétaire Olivier Faure, «la France n’est pas un État vassal des USA et notre président ne peut pas se comporter comme un simple porte-parole de la Maison-Blanche». Emmanuel «Macron piétine ce soir toute notre histoire diplomatique. Une honte», a abondé le patron des sénateurs PS Patrick Kanner. Une «honte ultime», a même cinglé le patron du Parti communiste français, Fabien Roussel, pour qui l’Hexagone est «rabaissée au rang de 51e état des USA».
Samedi en fin d’après-midi, plus d’un millier de personnes, agitant pour certaines des drapeaux vénézuéliens, étaient réunies place de la République à Paris pour protester contre l’attaque, à l’appel notamment de LFI et du parti communiste, a constaté un journaliste de l’AFP. Parmi elles, Jean-Luc Mélenchon qui a dit qu’il fallait «sans barguigner, exiger la libération et le retour immédiat de Nicolas Maduro libre au Venezuela».
Le billet de Jonathan Bouchet-Petersen
L’exécutif avait été plus offensif ce samedi après-midi par la voix du ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot qui a affirmé que l’opération américaine «contrevient» au droit international. «La France rappelle qu’aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l’extérieur et que les peuples souverains décident seuls de leur avenir», avait-il encore écrit sur X.
Emmanuel Macron, lui, a préféré mettre l’accent sur la «transition à venir» qui «doit être pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien». En ce sens, il plaide pour que celle-ci soit assurée «au plus vite» par Edmundo Gonzalez Urrutia, candidat de l’opposition à la présidentielle 2024. Alors que Donald Trump a de son côté déclaré que les États-Unis «dirigeraient» le Venezuela jusqu’à ce qu’une transition politique «sûre» puisse avoir lieu.
«Ce qui importe à présent est que la parole revienne au plus vite au peuple vénézuélien», appuie encore l’entourage d’Emmanuel Macron, qui précise que ce dernier a échangé samedi avec Donald Trump, le président argentin Javier Milei ou brésilien Lula.
D’autres dirigeants européens sur la même ligne
Le président français a néanmoins été rejoint par plusieurs autres dirigeants européens sur cette ligne de critique envers le régime de Maduro. Le chancelier allemand Friedrich Merz a jugé que le président vénézuélien avait «conduit son pays à la ruine», notamment en «impliquant le Venezuela dans le trafic de drogue».
La présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, a pour sa part affirmé «qu’une action militaire extérieure n’est pas la manière de mettre fin aux régimes totalitaires, mais considère dans le même temps légitime une intervention militaire défensive contre des attaques hybrides». Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a enfin asséné dans la soirée qu’il «ne versera pas de larmes sur la fin du régime» de Nicolas Maduro.




