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Négligence

Affaire Epstein : la publication par le gouvernement américain de photos de victimes nues provoque l’indignation

En examinant la nouvelle masse de documents diffusée vendredi sur les agissements et les correspondances du criminel sexuel, le «New York Times» a découvert une quarantaine d’images non expurgées dévoilant les corps et les visages de victimes.

Les documents inclus dans la publication par le ministère américain de la Justice des dossiers Jeffrey Epstein sont photographiés vendredi 2 janvier 2026. (Jon Elswick/AP)
Publié le 02/02/2026 à 17h39

Un scandale peut en cacher un autre. Ou pire, en créer un autre. Vendredi 30 janvier, plus de trois millions de pages supplémentaires de documents retraçant les correspondances et agissements de Jeffrey Epstein, criminel sexuel mort en prison en 2019, ont été diffusées par le ministère de la Justice américain. Or, dans le cadre de la divulgation obligatoire de ces dossiers, le gouvernement fédéral était chargé de caviarder les images à caractère sexuellement explicite, autant que les informations susceptibles d’identifier les victimes. Pourtant, le New York Times a révélé qu’une quarantaine d’images non expurgées dévoilant des corps nus et les visages des victimes étaient disponibles publiquement sur le site web du ministère de la Justice.

Cette incroyable manquement des autorités est insupportable pour les victimes dont l’identité a été rendue publique, propulsées malgré elles au cœur d’une affaire qui semble pourtant ne pas avoir de mal à garder secrètes certaines personnalités impliquées dans les agissements de Jeffrey Epstein. «Il est difficile d’imaginer une manière plus scandaleuse de ne pas protéger les victimes que de mettre à disposition du monde entier des images d’elles entièrement nues», s’est indignée Annie Farmer, qui a témoigné devant le tribunal sur la façon dont elle a été manipulée et abusée à l’adolescence par Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell.

«Négligence»

Les omissions du ministère de la Justice américain indignent d’autant plus Brittany Henderson - avocate d’une femme explicitement identifiée dans les dossiers alors qu’elle n’y avait jamais été liée publiquement auparavant - qu’une équipe de plus de 500 avocats et experts était chargée de travailler sur la diffusion des milliers de pages, vidéos et images rendues publiques ce vendredi. «Nous sommes franchement choqués par le niveau de négligence dont le département a fait preuve envers ces femmes», s’est-elle scandalisée.

La colère des victimes face à ce manque de vigilance est accentuée par la justice à deux vitesses à laquelle elles sont exposées : certaines personnes influentes pourtant impliquées dans l’affaire ont quant à elles vu leurs noms protégés par les autorités. Le caviardage des documents de l’affaire semble soumis à des critères peu évidents. Dans un cas précis cité par le quotidien new-yorkais, des documents retraçant un échange de messages entre l’ancien conseiller de Donald Trump, Stephen K. Bannon et Jeffrey Epstein, faisant référence à un article de presse concernant le locataire de la Maison Blanche était accompagné d’une image de Donald Trump, dont le visage a été masqué.

Les omissions semblent par ailleurs souvent aléatoires et contradictoires amplifiant davantage le sentiment de négligence : certains fichiers masquent un nom tandis qu’un fichier identique, ailleurs, le rend public. Un courriel décrit une «liste de victimes d’Epstein», mais laisse ensuite apparaître des dizaines d’autres noms, à l’exception d’un seul qui a été caviardé.

Signalement du «New York Times»

Le New York Times a signalé au ministère de la Justice l’existence de ces images de nudité. Une porte-parole a déclaré que le ministère «travaillait sans relâche pour répondre aux préoccupations des victimes, procéder à des occultations supplémentaires des informations personnelles identifiables, ainsi que pour traiter tous les fichiers nécessitant des occultations supplémentaires en vertu de la loi, notamment les images à caractère sexuel.» Dans la foulée, les autorités ont alors en grande partie supprimé ou censuré les images signalées par le journal qui semblaient révéler l’identité d’au moins sept personnes différentes, que le journal n’a pas cherché à identifier. «Une fois les expurgations nécessaires effectuées, tous les documents concernés seront de nouveau disponibles en ligne», a déclaré la porte-parole.

Le manque de rigueur soulevé par le quotidien new-yorkais met également la lumière sur la confusion générale entretenue autour du dossier Epstein. Sur l’immense masse de données publiée vendredi - trois millions de pages, 2 000 vidéos et 180 000 photos -, il est difficile de distinguer les faits incontestables des suspicions sans fondement ou investigations incomplètes. Le tout alimentant un soupçon généralisé et un sentiment de complot noyés au cœur d’une enquête tentaculaire.

L’année dernière, l’administration Trump a laissé entendre qu’elle publierait les dossiers d’enquête avant de faire marche arrière. Des démocrates et quelques républicains ont alors mené une campagne pour faire adopter l’«Epstein Files Transparency Act», une loi rendant obligatoire la publication de ces dossiers.

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