Des milliers de nouveaux documents sur le scandale Epstein sont désormais disponibles ce mardi 23 décembre sur le site du ministère de la Justice américain, accusé de rétention d’informations et critiqué par l’opposition démocrate pour la diffusion, jugée trop lente, de ce dossier. Ces nouveaux fichiers contiennent notamment des centaines de vidéos ou audios, dont des images de surveillance de la cellule du criminel sexuel new-yorkais Jeffrey Epstein datant d’août 2019, quand il a été retrouvé mort.
Mais aussi davantage de contenus faisant référence à Donald Trump, observe ce mardi le Guardian. Le quotidien britannique affirme qu’un mail envoyé par le procureur fédéral du district Sud de New York le 7 janvier 2020 fait mention de plusieurs vols effectués par le milliardaire à bord d’un avion dans lequel auraient également voyagé Epstein et/ou sa compagne, Ghislaine Maxwell, elle aussi mise en cause pour avoir été une complice potentielle de crimes sexuels.
«Les trois seuls passagers sont Epstein, Trump» et une jeune femme de 20 ans
«Les registres de vol que nous avons reçus hier indiquent que Donald Trump a voyagé à bord du jet privé d’Epstein beaucoup plus souvent que ce qui avait été rapporté précédemment (ou que ce que nous savions)», a écrit le procureur, d’après une retranscription faite par le Guardian. Plus loin : «Il est notamment répertorié comme passager sur au moins huit vols entre 1993 et 1996, dont au moins quatre vols sur lesquels Maxwell était également présente. […] Sur un vol en 1993, lui et Epstein sont les deux seuls passagers répertoriés ; sur un autre, les trois seuls passagers sont Epstein, Trump et [une femme anonymisée] âgée de 20 ans.» Rien n’indique pour autant que cette femme ait été victime d’un crime et le fait qu’elle figure dans les dossiers ne signifie pas qu’elle ait commis un acte criminel.
Analyse
Dans une spectaculaire partialité, ce même ministère américain de la Justice, contraint par la loi de publier ces fichiers mentionnant le président américain, a assuré que certains documents contenaient des «allégations mensongères et sensationnalistes» soumises au FBI peu avant l’élection américaine de 2020 à l’encontre de Donald Trump. Le ministère en veut pour preuve que, «si elles avaient le moindre fondement, elles auraient certainement déjà été utilisées contre le président Trump».
Depuis sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, le président américain s’est quant à lui inquiété du mal que pourrait causer la publication du dossier, notamment des photos qui pourraient affecter «l’image» de personnes innocentes. «Tout le monde était sympa avec ce type», a-t-il tenté de se dédouaner, prenant même la défense de l’ancien président américain démocrate, Bill Clinton, dont plusieurs photos aux côtés de Jeffrey Epstein ont été publiées. «Bill Clinton était ami avec lui, mais tout le monde l’était», a-t-il poursuivi, s’inquiétant que certaines personnes «ayant innocemment rencontré» le pédocriminel «parce [elles étaient] à une fête» puissent être embarrassées par la publication de ces documents. «Vous ruinez l’image de quelqu’un», a-t-il ajouté.
«Notre président partage notre amour pour les jeunes filles nubiles»
Un autre document divulgué ce mardi mentionne une fois de plus Donald Trump. D’après le Guardian, dans une lettre attribuée à Jeffrey Epstein, qu’il aurait envoyée à Larry Nassar, le médecin de l’équipe américaine de gymnastique reconnu coupable d’agressions sexuelles et de viols sur de nombreuses jeunes sportives en 2018 – et emprisonné depuis 2017 –, est évoqué le goût prononcé de Donald Trump pour les «jeunes filles nubiles». La lettre, retranscrite par le quotidien britannique, aurait été postée le 13 août 2019, alors que Jeffrey Epstein était encore en prison. De détenu à détenu, Epstein confierait à Larry Nassar, d’après le document : «Nous avons une chose en commun : notre amour et notre attention pour les jeunes femmes, dans l’espoir qu’elles réalisent leur plein potentiel. Notre président partage également notre amour pour les jeunes filles nubiles. Lorsqu’une jeune beauté passait à côté de lui, il adorait “la peloter”, tandis que nous finissions par nous peloter dans les réfectoires du système. La vie est injuste.» A cette époque, Donald Trump effectuait son premier mandat en tant que président des Etats-Unis. Seule zone à éclaircir : officiellement, Jeffrey Epstein est mort en prison le 10 août 2019 par suicide. Le FBI de New York aurait demandé, en juillet 2020, d’effectuer une analyse graphologique afin de déterminer s’il s’agissait bien de l’écriture de Jeffrey Epstein.
Quelques heures après la publication, le ministère de la Justice a affirmé que le document est un faux et que l’écriture «ne semble pas correspondre» à celle d’Epstein. «Cette fausse lettre nous rappelle que le simple fait qu’un document soit publié par le ministère de la Justice ne signifie pas pour autant que les allégations ou les affirmations qu’il contient sont véridiques. Néanmoins, le ministère de la Justice continuera à publier tous les documents requis par la loi», indique le communiqué du ministère.
Figure de la jet-set new-yorkaise, Jeffrey Epstein est connu pour avoir fréquenté de nombreuses personnalités américaines et étrangères de premier plan. Au milieu des quelque 4 000 fichiers dévoilés vendredi, plusieurs clichés montrent ainsi le pédocriminel en compagnie de superstars telles que Michael Jackson, Mick Jagger ou encore Bill Clinton, qui apparaît notamment dans un jacuzzi aux côtés d’une silhouette masquée. De son côté, l’équipe de Bill Clinton a exhorté lundi le ministère de la Justice à divulguer tous les documents contenus dans les dossiers le concernant, affirmant, dans un communiqué, qu’il n’avait rien à cacher. «Quelqu’un ou quelque chose est protégé. Nous ne savons pas qui, quoi et pourquoi. Mais nous savons une chose : nous n’avons pas besoin d’une telle protection», a affirmé un porte-parole de l’ex-dirigeant démocrate.
Polémique
Le ministère de la Justice a mis en ligne environ 11 000 liens renvoyant vers de nouveaux documents ce lundi, après une première salve vendredi, mais certains ne mènent à rien. Plus de 30 000 nouvelles pages sont train d’être décortiquées au peigne fin, selon le Guardian. Une quinzaine de victimes se sont plaintes dans un communiqué publié sur X que seule une «partie» des documents ait été rendue publique, déplorant le caviardage «anormal et extrême» des éléments publiés vendredi sans «aucune explication». Elles ont aussi reproché au ministère de la Justice d’avoir «laissé les identités de nombreuses victimes apparentes, causant un préjudice immédiat et réel». L’administration judiciaire américaine dit pour sa part avoir besoin de davantage de temps pour publier avec précaution le reste afin de protéger au mieux les victimes dont l’identité pourrait être dévoilée dans ces milliers de photos, vidéos et textes.
L’opposition démocrate voit cependant dans ce retard une manœuvre politique destinée à éviter la publication d’informations supposées compromettantes pour le président Donald Trump, qui apparaît sur des images aux côtés de Jeffrey Epstein. «C’est clairement une opération de dissimulation», a dénoncé lundi le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, en soumettant une proposition de loi pour accentuer la pression sur le ministère qui, estime le sénateur, a «enfreint la loi» en n’ayant pas tout publié vendredi. «Le ministère de la Justice doit arrêter de protéger les hommes riches et puissants qui n’ont pas été inculpés» dans cette affaire, a dénoncé de son côté lundi l’élu démocrate à l’origine de la loi, Ro Khanna, en demandant la publication de certaines pièces spécifiques du dossier.
Personnalités de premier plan
La publication de ces documents, issus de l’enquête menée par les autorités américaines sur l’influent financier et criminel sexuel new-yorkais, mort en 2019 avant son procès, doit aider à faire la lumière sur ses liens passés avec des personnalités de premier plan, dont le président républicain.
Etats-Unis
Alors qu’il s’était dit, lors de sa campagne en 2024, d’accord pour rendre ces fichiers publics, Donald Trump a ensuite fait volte-face, dénonçant un «canular» instrumentalisé par les démocrates. Sa base Maga, obsédée par ce scandale, s’était insurgée quand le ministère de la Justice avait annoncé à l’été n’avoir découvert aucun élément nouveau justifiant la publication de documents supplémentaires ou de nouvelles poursuites.
Après des mois de révolte, le président a dû céder à la pression du Congrès, y compris d’élus républicains, promulguant en novembre une loi imposant à son gouvernement de publier l’intégralité des documents non classifiés en sa possession.




