Emilia Mendoza se souvient de ce jour d’août 2023. Vêtue d’une robe de cérémonie cousue par ses ancêtres aux motifs hñahñu, elle pénètre dans la bibliothèque du Palais-Bourbon à Paris, à 10 000 km de la vallée du Mezquital où elle est née, au nord de Mexico. Là, on lui présente un document en accordéon long de 14 mètres : un codex vieux de plusieurs siècles, sous forme de fac-similé – l’original est trop fragile pour être manipulé, ou même exposé. Manuscrit peint appartenant au peuple otomi, l’un des 68 groupes autochtones du Mexique, le codex dit «borbonicus» a été acquis par l’Assemblée nationale lors d’une vente aux enchères, en 1826.
Face à ce vieux papier, cette femme indigène de 39 ans ne peut retenir ses larmes. «J’ai été parcourue par la joie mais aussi la tristesse de penser au saccage qui a dû avoir lieu pour que ce codex soit dérobé, de la tristesse de savoir qu’un tel document qui parle de notre territoire est gardé là, et que personne n’y a accès.»
Trésor mésoaméricain
Depuis 2023, cette médecin, dirigeante de sa communauté, a entrepris des démarches pour le retour de ce document et l’Etat mexicain a formulé une demande officielle de restitution incluant aussi le codex azcatitlán, conservé à la Bibliothèque nationale de France. «Ce qui nous intéresse surtout, ce sont ces codex ; nous voulons qu’ils rentrent au Mexique, c’est le principal intérêt de cette visite», a affirmé




