Dans la tribu amérindienne des Klamaths qui peuple le sud de l’Oregon, on raconte de génération en génération comment le Créateur G’mok’am’c a donné naissance au C’waam, un poisson d’eau douce gris tacheté de jaune pouvant vivre jusqu’à 50 ans. Pour sauver les habitants du Haut-Lac, G’mok’am’c a lacéré un serpent géant de son couteau en obsidienne. En tombant dans le lac, l’arme s’est brisée en mille morceaux qui se sont chacun transformés en créatures. G’mok’am’c a soudé le sort de la tribu à celui du poisson : si le C’waam disparaît, le peuple disparaîtra aussi.
«Ecosystème détruit en un siècle»
Aujourd’hui, le Haut-Lac de Klamath s’épuise et ses poissons se meurent. Dans un contexte de sécheresse historique pour l’Ouest américain, le gouvernement fédéral a décidé au printemps de maintenir le barrage fermé pour préserver le niveau du lac et protéger le C’waam et le Koptu, deux espèces sacrées pour les Klamaths, inscrites depuis 1988 sur la liste des espèces menacées de disparition. Pour la première fois depuis la livraison d’eau initiale du barrage en 1907, aucune eau ne s’écoulera du lac vers le canal A du Klamath Project, un projet d’irrigation construit en 1906 pour peupler la vallée d’agriculteurs. 1 200 exploitations agricoles familiales dépendent encore de l’eau de ce canal, artère principale d’un réseau long de