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Avortement : un Texan porte plainte contre un médecin californien pour avoir envoyé une pilule abortive à la femme qu’il fréquentait

C’est la première fois qu’une action en justice est lancée en vertu d’une loi permettant de poursuivre toute personne qui «fabrique, distribue, envoie par la poste, transporte, livre, prescrit ou fournit» un traitement d’interruption de grossesse dans l’Etat républicain.

Déjà poursuivi en Louisianne pour des faits similaires, Remy Coeytaux risque une amende de 100 000 dollars minimum au Texas. (fizkes/Getty Images)
Publié aujourd'hui à 18h48

Les offensives anti-avortement aux Etats-Unis traversent désormais les frontières, ici celles du Texas, où quasiment toute interruption volontaire de grossesse, y compris en cas de viol ou d’inceste, est interdite. Le Texan Jerry Rodriguez a ainsi porté plainte pour homicide involontaire en juillet contre le Californien Remy Coeytaux, un médecin de la progressiste région de San Francisco. Ce dernier aurait envoyé une pilule abortive par la poste à deux reprises à celle que Jerry Rodriguez présente comme sa petite amie, en 2024 puis début 2025, rapporte le Guardian ce mercredi 4 février.

Complétant sa plainte, le Texan aurait invoqué dimanche 1er février une nouvelle loi pouvant contraindre le médecin à verser des dommages et intérêts. C’est la première fois qu’un professionnel de santé pourrait être condamné à une amende de 100 000 dollars minimum, depuis l’entrée en vigueur de la loi HB7 le 4 décembre dans l’Etat républicain.

Cette dernière autorise des individus à poursuivre toute personne qui «fabrique, distribue, envoie par la poste, transporte, livre, prescrit ou fournit» une pilule abortive à quelqu’un au Texas. Et ce, même si la personne ciblée réside dans l’un des Etats démocrates et pro-avortement qui, à l’image de la Californie, ont adopté des «lois de protection» pour leurs citoyens après l’annulation en 2022 de l’arrêt Roe v. Wade, qui garantissait le droit à l’avortement au niveau fédéral.

«Stratégie nationale coordonnée»

Les pilules abortives auraient en fait été commandées par Adam Garza, le mari de Kendal Garza, avec qui le plaignant avait une relation, un homme dont elle était séparée mais non divorcée. «Bien que Kendal se réjouissait de sa grossesse et ait dit à M. Rodriguez qu’elle prévoyait de mener la grossesse à terme, son mari, dont elle était séparée, était mécontent et voulait que le bébé soit tué», mentionne la plainte. L’avocat du plaignant, Jonathan F. Mitchell, n’est autre que le juriste et ancien procureur général ayant «joué un rôle déterminant» pour la promulgation de la loi la plus extrême en la matière du pays, rappelle le Guardian.

Remy Coeytaux est poursuivi par deux Etats républicains. La Louisiane, également très agressive dans sa lutte contre le droit à l’avortement, a demandé l’extradition du médecin californien en décembre. Les autorités l’accusent d’avoir introduit illégalement des pilules abortives sur leur sol. «Pas aujourd’hui. Jamais», a répondu le gouverneur démocrate, Gavin Newsom, dans un communiqué publié le 14 janvier.

«Les autorités texanes s’en prennent déjà à des médecins hors de leurs frontières, et elles ont désormais encouragé des citoyens privés à faire le sale boulot à leur place», a déclaré Nancy Northup, présidente et directrice générale du Center for Reproductive Rights qui représente Remy Coeytaux, dans un communiqué publié le 2 février. Elle dénonce une «stratégie nationale coordonnée visant à rendre les pilules abortives inaccessibles aux femmes et aux communautés qui en ont besoin», notamment au Texas, deuxième Etat le plus peuplé du pays avec 31 millions d’habitants.

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