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Reportage

«Beaucoup de gens continuent de nous traiter comme le Wild Wild West» : au Nevada, les data centers ont carte blanche

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L’Etat américain, grâce à des passe-droits administratifs et des exemptions d’impôts, offre ses largesses à l’industrie de l’IA et ses centres de données, qui nécessitent de larges ressources énergétiques et aquatiques. Au grand dam d’une partie de la population, de plus en plus inquiète de l’impact sur la biodiversité locale.

Vue du complexe de centres de données de Tahoe-Reno Industrial Center dans le Nevada. (Laure Andrillon/Libération)
ParLaure Andrillon
Envoyée spéciale dans le Nevada
Publié le 12/02/2026 à 18h30

C’est une forteresse qui s’élève en plein désert du Nevada, protégée des regards par une muraille en ciment de 6 mètres de haut et une porte blindée coulissante surveillée nuit et jour. On l’appelle la «Citadelle», et depuis la pente caillouteuse qui l’isole du reste de la vallée, rien ne laisserait soupçonner que s’y niche le centre de données en fonctionnement le plus grand des Etats-Unis, s’étalant sur la superficie de 17 terrains de foot. L’endroit semble inhabité sauf à l’aube et au crépuscule, quand un ballet de bus scolaires reconvertis en navettes de chantier achemine des centaines d’ouvriers casqués vers l’autre pan de la colline achetée par l’entreprise Switch pour agrandir son «campus», voué à fournir 67 hectares de surface bâtie pour abriter des serveurs. «On est en plein boom, se réjouit John Walton, qui travaille dans le bâtiment depuis plus de vingt-cinq ans. Google, Microsoft, Tract, Apple, ils sont tous en train de mettre le paquet sur l’intelligence artificielle. Dans la Silicon Valley, les ingénieurs sont peut-être en train de perdre leur boulot mais ici, ça grouille, on cravache. On sait qu’on va être occupés pour longtemps.»

Au Tahoe-Reno Industrial Center, un site industriel privé de plus de 400 kilomètres carrés de superficie situé à l’est de Reno, toutes les parcelles ont déjà trouvé un propriétaire, même si les deux tiers sont encore vierges de construction. Dans la forêt de grues et d’échafaudages où errent malgré tout quelques chevaux

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