Le rideau se lèvera à midi à Manhattan, 18 heures à Paris. Ce lundi 5 janvier, Nicolás Maduro doit être présenté devant le tribunal fédéral du district sud de New York, cette forteresse judiciaire qui traite d’affaires liées au terrorisme, à la sécurité nationale et aux grands dossiers criminels internationaux. L’ancien président vénézuélien, capturé samedi par des commandos américains de la Delta Force, vient d’être transféré du centre de détention métropolitain de Brooklyn au tribunal. L’acte d’accusation, 28 pages, comprend quatre chefs d’accusation : conspiration avec des groupes narcoterroristes pour distribuer de la cocaïne, complot en vue d’importer des stupéfiants, utilisation, port et incitation au port de mitrailleuses et de dispositifs destructeurs, et conspiration dans le but d’obtenir des armes.
Pour statuer sur la culpabilité ou non de Nicolás Maduro, c’est le juge new-yorkais Alvin Hellerstein, âgé de 92 ans, qui a été choisi. Libé revient sur la carrière du magistrat.
Un juge expérimenté
Alvin Hellerstein est né à New York, en 1933, et n’a jamais vraiment quitté la ville depuis. Il apprend la mécanique du droit à Columbia en 1956, avant de s’engager dans l’armée l’année suivante en rejoignant le Judge Advocate General’s Corps, l’office chargé de la justice militaire. Trois ans plus tard, Alvin Hellerstein entame une carrière d’avocat dans un cabinet privé de New York.
Ce n’est qu’après près de 40 ans de carrière au barreau qu’il change de casquette. En 1998, sur la recommandation du sénateur Daniel Patrick Moynhihan, le président Bill Clinton le choisit pour occuper le siège laissé vacant par Louis Stanton. Le Sénat confirme ce choix et le juge prend alors ses fonctions en octobre. Passé juge «senior» en 2011, un titre auxquels peuvent prétendre les juges fédéraux américains de plus de 65 ans et qui leur confère une semi-retraite, Alvin Hellerstein figure aujourd’hui parmi les magistrats en activité les plus âgés du pays.
Profil bas
Dans le milieu judiciaire, le juge n’est pas uniquement réputé pour sa longue carrière, mais également pour la place qu’occupe la religion dans son quotidien. Alvin Hellerstein ne se cache pas d’être juif orthodoxe. Bien au contraire, il a même occupé le poste de président au Jewish Center, l’une des synagogues orthodoxes les plus importantes de la ville.
Une position qui pourrait interroger, au regard des liens étroits entre Maduro et le régime iranien, qui vient d’appeler à la libération de l’ancien dirigeant, et qui vaut à l’affaire d’être particulièrement suivie en Israël et par les communautés juives.
Le New-Yorkais est toutefois décrit par des personnes ayant plaidé devant lui, citées dans plusieurs médias israéliens, comme un juge qui ne se laisse pas influencer par ses convictions religieuses. En novembre 2025, il a refusé une réduction de peine à un citoyen israélien précédemment condamné, qui craignait que sa nationalité et sa foi mettent sa sécurité en prison à rude épreuve. Alvin Hellerstein avait rejeté l’argument, considérant qu’une peine ne pouvait être réduite par le simple fait que la religion est invoquée.
De précédentes affaires vénézuéliennes
Au regard des dossiers dont il a été en charge durant sa carrière, le juge est habitué aux affaires historiques. Terrorisme, sécurité nationale, grands procès civils, il s’est notamment occupé de contentieux liés au 11 Septembre, portant sur des demandes d’indemnisation.
Venezuela
Alvin Hellerstein a croisé la route de Donald Trump à plusieurs reprises ces dernières années, rendant plusieurs décisions défavorables à son administration. Au printemps dernier, le juge a même statué sur le dossier vénézuélien, empêchant l’équipe du milliardaire d’expulser des natifs du pays d’Amérique du Sud, estimant que la manœuvre était illégale. En mai, il a également déclaré invalide et inconstitutionnelle l’invocation de l’Alien Enemies Act de 1798 dans une procédure visant des migrants vénézuéliens présumés liés à un gang.
Le New-Yorkais a également mis fin, en septembre dernier, au processus visant à expulser des manifestants mobilisés contre la guerre à Gaza. Il avait déjà bloqué l’expulsion de militants pro palestiniens, au motif que celle-ci était illégale. Ce même mois, le juge avait participé au procès visant le groupe bancaire français BNP Paribas, reconnu coupable de complicité d’exactions au Soudan.
Dans un tout autre dossier, Alvin Hellerstein a refusé la demande de Trump visant à déplacer devant une cour fédérale l’affaire dite du «hush money» qui pointait du doigt des paiements versés à la star du X, Stormy Daniels. Une décision qui avait déjoué les pronostics : étant donné que le juge avait, alors qu’il était associé du cabinet d’avocats Stroock & Stroock & Lavan, effectué des travaux juridiques pour Trump Equitable Fifth Avenue (une entité qui possédait autrefois la Trump Tower à Manhattan), l’accusation craignait qu’Alvin Hellerstein ne soit favorable au président américain. Ne reste plus qu’à voir la position qu’il adoptera durant ce nouveau procès.




