«Très triste et très désolée» mais nobélisée. Absente de la cérémonie après avoir espéré longtemps être de la partie, l’opposante vénézuélienne María Corina Machado a reçu ce mercredi son Nobel de la paix. Celle qui vit cachée dans son pays a été représentée par sa fille, Ana Corina Sosa Machado.
A lire aussi
«Tant de personnes ont risqué leur vie pour que je puisse arriver à Oslo», a souligné la lauréate dans un appel avec le président du comité. Dans un nouveau rebondissement en fin de matinée, l’institut a révélé que María Corina Machado «était en sécurité» et «serait avec nous à Oslo», mais pas à la cérémonie de remise du prix, prévue à 13 heures à l’hôtel de ville. «Elle devrait arriver entre ce soir et demain matin», a précisé le responsable de l’Institut Nobel, Kristian Berg Harpviken. «Ce sera sa fille Ana Corina Machado qui recevra le prix au nom de sa mère», avait-il annoncé, précisant que le discours prononcé par la fille sera bien un texte «que María Corina elle-même a écrit». Ce mercredi soir, le gouvernement norvégien a annoncé qu’elle tiendra jeudi matin une conférence de presse à Oslo.
L’absence de Machado n’a pas privé la cérémonie de messages politiques. Par la voix de sa fille, la lauréate a ainsi dénoncé «le terrorisme d’Etat déployé [par le pouvoir maduriste] pour étouffer la volonté du peuple», «des crimes contre l’humanité, documentés par les Nations unies» et affirmé qu’il fallait être «prêt à se battre pour la liberté»,
Le comité Nobel norvégien a exhorté le président vénézuélien Nicolas Máduro à quitter le pouvoir qu’il occupe depuis 2013. «Monsieur Máduro, acceptez les résultats de l’élection et retirez-vous», a lancé le président du comité, Jørgen Watne Frydnes, à l’adresse du président vénézuélien reconduit l’an dernier au terme d’une élection frauduleuse, selon l’opposition. «Jetez les bases d’une transition pacifique vers la démocratie. Car telle est la volonté du peuple vénézuélien. María Corina Machado et l’opposition vénézuélienne ont allumé une flamme qu’aucune torture, aucun mensonge et aucune peur ne pourront éteindre», a-t-il ajouté, sous des applaudissements nourris.
Coincée dans son propre pays
Le procureur général du Venezuela, Tarek William Saab, avait affirmé à la fin du mois de novembre qu’elle serait considérée comme «fugitive» si elle quittait le pays pour recevoir son prix. «En étant hors du Venezuela et faisant l’objet de nombreuses enquêtes pénales, elle est considérée comme fugitive», avait-il déclaré, avant de préciser que María Corina Machado est accusée par la justice vénézuélienne d’«actes de conspiration, d’incitation à la haine et de terrorisme».
Cette année, la cérémonie du prix Nobel de la paix est chamboulée : première étape traditionnelle des festivités, la conférence de presse prévue mardi à l’Institut Nobel norvégien a d’abord été repoussée puis annulée - faute de lauréate. «Elle a dit qu’elle serait ici pour les célébrations», avait averti mardi soir Harpviken. «Je ne sais pas comment elle voyage, je ne sais pas quand elle arrive, mais je compte toujours sur le fait qu’elle sera là à temps pour les célébrations», avait-il espéré, expliquant que peu de gens savaient où et comment elle se déplace en raison de la nature répressive du régime de Nicolás Maduro.
Pas d’apparition publique depuis onze mois
Ses proches et plusieurs chefs d’Etat d’Amérique latine sont d’ores et déjà arrivés en Suède pour assister à la cérémonie, tel le président argentin d’extrême droite Javier Milei, qui ont en commun de partager avec la lauréate nombre d’idées de Donald Trump. Empêchée de se présenter à la présidentielle de juillet 2024 au Venezuela, María Corina Machado s’est réfugiée dans la clandestinité dans son pays quelques jours plus tard. L’opposante de 58 ans n’a pas fait d’apparition publique depuis onze mois.
La dernière remonte au 9 janvier à Caracas lors d’une manifestation contre l’investiture du président de gauche Nicolás Maduro pour son troisième mandat, remporté dans des conditions contestées. Les Etats-Unis et une partie de la communauté internationale ne reconnaissent pas les résultats de cette élection, entachée de fraudes selon l’opposition qui a revendiqué la victoire de son candidat, Edmundo Gonzalez Urrutia, aujourd’hui en exil – et lui aussi présent à Oslo cette semaine.




