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Colombie : face aux «menaces d’intervention» de Trump, la guérilla de l’ELN décrète un confinement de la population

L’Armée de libération nationale, qui contrôle des régions de production de cocaïne, a annoncé ce vendredi 12 décembre vouloir opérer des exercices militaires de «défense» après l’avertissement du président américain à l’encontre des pays producteurs de cocaïne la vendant aux Etats-Unis.

A Corinto, en Colombie, le 6 juin 2024. (Joaquim Sarmiento/AFP)
Publié le 12/12/2025 à 21h42

La guérilla colombienne de l’ELN a décrété ce vendredi 12 décembre un confinement de la population de trois jours à partir de dimanche dans les zones sous son contrôle, en raison des «menaces d’intervention impérialistes» de Donald Trump.

L’Armée de libération nationale (ELN), qui contrôle des régions de production de cocaïne, a annoncé vouloir opérer des exercices militaires de «défense» du pays et a ordonné des restrictions à la mobilité de dimanche 12 heures (heure de Paris) à mercredi 12 heures car «il est nécessaire que les civils ne se mêlent pas aux militaires afin d’éviter des accidents».

Donald Trump avait averti que les pays producteurs de cocaïne et la vendant aux Etats-Unis seraient «susceptibles d’être attaqués», dans un contexte de tensions croissantes avec le Venezuela et de déploiement militaire dans les Caraïbes. La Colombie «fabrique de la cocaïne, elle a des laboratoires de fabrication de cocaïne et nous vend de la cocaïne», avait dit le président américain début décembre lors d’une conférence de presse.

«Nous, les forces populaires de Colombie, nous opposons aux menaces d’intervention impérialistes dans notre pays, une nouvelle phase du plan néocolonial de Trump» qui «entend durcir le pillage» des «biens naturels» de la Colombie, souligne la guérilla d’extrême gauche apparue en 1964 sous l’inspiration du célèbre révolutionnaire argentin Ernesto Che Guevara.

«Attaquer notre souveraineté revient à déclarer la guerre»

La guérilla qui opère son emprise sur plus de 20 % des plus de 1 100 municipalités de Colombie, selon le centre d’études Insight Crime, intime à la population de ne pas circuler sur les «routes» ni les «voies navigables».

L’un de ses bastions est la région du Catatumbo, l’une des zones comptant le plus de cultures de feuilles de coca au monde, à la frontière avec le Venezuela, où elle contrôle la production de cocaïne. Plusieurs rapports font également état de la présence de l’ELN de l’autre côté de la frontière, où elle opérerait de concert avec les forces militaires vénézuéliennes. Le président du Venezuela, Nicolás Maduro, a toujours fermement rejeté ces accusations.

Le président colombien, Gustavo Petro, avait lui aussi, début décembre, réagi aux déclarations de Donald Trump, lui demandant de respecter la «souveraineté» de son pays. «Attaquer notre souveraineté revient à déclarer la guerre, ne gâchez pas deux siècles de relations diplomatiques», avait prévenu sur X le président de gauche colombien.

L’ELN est considérée comme la dernière guérilla du pays depuis le désarmement des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) et leur transformation en parti politique à la suite de l’accord de paix de 2016. D’autres guérillas, dissidentes des Farc qui n’ont pas signé l’accord de paix, exercent également sur le vaste territoire colombien. L’ELN se finance, elle, par diverses activités, comme le trafic de cocaïne, l’exploitation minière illégale, le vol de pétrole et les enlèvements à des fins d’extorsion.

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