L’année 2026 commence par ce qui pourrait être l’épilogue d’une très longue crise entre les Etats-Unis et son ennemi de longue date, le président vénézuélien Nicolás Maduro. Ce samedi 3 janvier, Caracas a été réveillée en pleine nuit par des frappes. Trois heures plus tard, Donald Trump annonçait avoir renversé, «capturé» Maduro, qui sera jugé aux Etats-Unis pour «complot narcoterroriste», entre autres.
Cette opération militaire de grande ampleur fait suite à des années de conflit entre Washington et le pays riche en hydrocarbures. La mise sous pression de Nicolás Maduro par Donald Trump, elle, dure depuis des mois. Le président américain accuse le successeur d’Hugo Chavez de truquer les élections et d’être à la tête d’un «narco-Etat». Le Vénézuélien estime en retour que la Maison Blanche cherche de longue date à prendre le contrôle des réserves de pétrole du pays, parmi les plus importantes au monde.
Voici 10 dates clés permettant de comprendre les dynamiques entre Caracas et Washington ainsi que l’escalade ayant débouché sur les événements de ce 3 janvier 2026.
14 avril 2013
Nicolás Maduro succède à son mentor, Hugo Chávez
Nicolás Maduro succède au «comandante», son défunt mentor Hugo Chávez. Le dauphin est élu de justesse. Le scrutin est immédiatement contesté par l’opposition qui refuse d’admettre sa victoire à la tête du riche pays pétrolier des Caraïbes. Les Etats-Unis suscitent d’emblée l’ire de Caracas en réclamant un recomptage des votes. Cette élection marque le début d’une crise de légitimité permanente.
30 juillet 2017
L’Assemblée constituante et la rupture
La création, dans le sang, d’une Assemblée constituante entièrement contrôlée par le pouvoir chaviste marginalise le Parlement élu et l’opposition. Washington, dont Donald Trump a pris les commandes en janvier, dénonce une dérive autoritaire et adopte des sanctions ciblées contre des responsables du régime Maduro. Le conflit bascule d’un désaccord diplomatique à une confrontation politique assumée.
20 mai 2018
La réélection contestée
Nicolás Maduro est réélu lors d’un scrutin boycotté par l’essentiel de l’opposition. Les Etats-Unis refusent de reconnaître le résultat, estimant que les conditions d’un vote libre et démocratique ne sont pas réunies. Cette non-reconnaissance servira par la suite de base juridique et politique à la stratégie américaine.
23 janvier 2019
Juan Guaidó reconnu par Washington
Le président de l’Assemblée nationale, Juan Guaidó, s’autoproclame président par intérim. Il est immédiatement reconnu par les Etats-Unis. Si elle échoue politiquement, cette entreprise entraîne une rupture quasi totale des relations diplomatiques entre les deux pays. La crise vénézuélienne prend une autre dimension quand Guaidó est reconnu par de nombreux pays, dont la France.
28 avril 2019
L’embargo sur le pétrole
Poursuivant son objectif de pousser Maduro vers la sortie, l’administration Trump impose un embargo sur le pétrole vénézuélien, pilier de la fragile économie du pays. Avant l’embargo, le pétrole représentait 96 % du revenu national et les trois quarts de ces revenus pétroliers provenaient de clients américains. Depuis, le pays écoule sa production pétrolière sur le marché noir à des prix nettement plus bas, notamment vers la Chine.
A lire aussi
26 mars 2020
Maduro inculpé pour narcotrafic
Ce jour-là, alors que le monde entier se débat face à la pandémie de Covid, le département américain de la Justice inculpe officiellement Nicolás Maduro et plusieurs membres de son entourage pour narcoterrorisme, trafic de drogue et autres crimes fédéraux, une démarche rarissime pour un chef d’Etat en exercice. L’acte d’accusation fédéral allègue que Maduro et des responsables vénézuéliens ont dirigé une organisation criminelle, parfois désignée par les autorités américaines comme le «Cartel des soleils», qui aurait conspiré pour inonder le marché américain de cocaïne et collaboré avec des groupes armés tels que les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). Washington offre également une prime de 15 millions de dollars pour toute information conduisant à l’arrestation de Maduro. A compter de cette date, le chef de l’Etat vénézuélien est traité comme un criminel.
17 octobre 2023
L’espoir des accords de la Barbade
Signés à Bridgetown entre le pouvoir de Maduro et la coalition d’opposition, sous médiation norvégienne, les accords de la Barbade prévoient l’organisation d’une élection présidentielle en 2024 assortie de garanties électorales : calendrier défini, observation internationale, accès équitable aux candidatures et libération de certains prisonniers politiques. Salués par les Etats-Unis, dirigés par le démocrate Joe Biden, et l’Union européenne, ces engagements entraînent un allègement conditionnel des sanctions américaines, notamment dans le secteur pétrolier. Mais dès les mois suivants, la confirmation par la justice vénézuélienne de l’inéligibilité de figures majeures de l’opposition (notamment de la Prix Nobel de la paix 2025 María Corina Machado) vide l’accord de sa substance. Pour Washington comme pour plusieurs capitales européennes, ce recul marque l’échec d’une voie diplomatique et justifie le rétablissement des sanctions, refermant une fenêtre de désescalade ouverte moins d’un an plus tôt.
14 août 2025
Le déploiement militaire américain
Ce jour-là, les Etats-Unis déploient une flottille de guerre dans les eaux turquoise des Caraïbes. La raison officielle ? Lutter contre le trafic de drogue qui inonde le marché américain. Même si la réalité des liens entre le chef de l’Etat vénézuélien et le trafic de drogue est assez floue et que le Venezuela ne soit qu’un point de passage mineur de la cocaïne en Amérique centrale. Caracas y voit évidemment une nouvelle menace directe, mobilise un nombre absurde de «4,5 millions de miliciens», et enchaîne les annonces de manœuvres militaires.
2 septembre 2025
Les frappes sur les «narcos»
Moins d’un mois plus tard, les Etats-Unis poursuivent leurs manœuvres en annonçant cette fois des frappes ciblées contre des groupes de «narcoterroristes», accusés d’opérer depuis ou avec la complicité du Venezuela. Le tout sans jamais fournir aucune preuve qu’il s’agissait bien là de trafiquants de drogue. Le gouvernement vénézuélien dénonce une violation de sa souveraineté et une agression.
A partir de là, la rhétorique change : le Venezuela n’est plus seulement un régime autoritaire à sanctionner, mais une menace sécuritaire régionale. Washington prépare l’opinion à des actions militaires plus directes et teste les réactions internationales, notamment celles des alliés historiques de Caracas. Mais la Chine comme la Russie semblent avoir d’autres priorités.
3 janvier 2026
Donald Trump renverse Nicolás Maduro
Les Etats-Unis bombardent Caracas et les provinces environnantes dans la nuit. Quelques heures plus tard, Donald Trump affirme sur son réseau social avoir neutralisé le pouvoir exécutif et «capturé» le président vénézuélien. L’issue tant redoutée de l’opération «antidrogue» de l’administration Trump : une attaque directe contre un pays souverain et un changement de régime par la force militaire.




