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Brutal

Capture de Maduro : de tendance éducative à doctrine trumpiste, l’itinéraire insoupçonné du «FAFO»

Depuis l’attaque américaine au Venezuela, Donald Trump s’approprie régulièrement l’acronyme, habituellement brandi par les parents pour tourner en dérision leurs jeunes enfants en quête de transgression.

Donald Trump, le 5 décembre 2025. (Saul Loeb/AFP)
Publié le 05/01/2026 à 18h27

Le point commun entre des parents un peu débordés et le 47e président des Etats-Unis semblait a priori difficile à identifier. Mais depuis la capture, samedi 3 janvier, du président vénézuélien par les forces spéciales américaines et son extradition vers les tribunaux new-yorkais, une similitude s’est dessinée : la méthode «FAFO». Comprendre «Fuck Around and Find Out», ou, en français littéral : «Fous la merde et vois ce qui arrive».

Sur les réseaux sociaux, à commencer par TikTok, des vidéos cumulant des centaines de milliers de vues et reprenant l’acronyme montrent des enfants à la mine déconfite : ils ont semé le vent… et récolté la tempête. Leurs parents, souvent hilares, expliquent leur démarche : laisser leur progéniture braver les limites fixées, avant de découvrir par eux-mêmes les conséquences de leurs actions. Ainsi voit-on un enfant croquer un piment à pleines dents, un autre enrober ses aliments de sel ou encore se tirer dans les yeux avec un jet d’eau froide. La tendance est apparue aux Etats-Unis l’été 2025, alors qu’était déjà bien installée en France la méthode «Ghettossori», tournant elle aussi en dérision la mode de la parentalité positive.

Multiplication des menaces

Avant même ce coup de projecteur, l’acronyme faisait partie du vocabulaire d’Internet depuis une dizaine d’années. Sur X, des comptes massivement suivis recensent des vidéos d’adultes aux actions dangereuses ou incongrues, puis le retour de bâton. Des femmes utilisent aussi l’acronyme pour raconter leurs réactions face à des situations de harcèlement sexiste et sexuel.

Mais la publication par la Maison Blanche, juste après l’attaque américaine au Venezuela, d’une photo de Donald Trump barrée de la mention «FAFO», a fait prendre à l’expression un virage inattendu. Finis les conseils pas toujours heureux en parentalité, place à la stratégie militaire trumpienne.

Sur le même ton, l’outrancier président des Etats-Unis et ses bras droits ont rapidement multiplié les menaces envers leurs autres ennemis sud-américains. «Si je vivais à La Havane et que je faisais partie du gouvernement, je serais au moins un peu inquiet», a ainsi lancé le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, le jour de la capture de Maduro. Le même jour, Donald Trump avait incité le président colombien, Gustavo Petro, à «faire gaffe à ses fesses».

L’expression est depuis devenue virale chez les soutiens de Trump, dont les vidéos ont inondé TikTok et remplacé les enfants désabusés. Des montages superposent les images de Nicolás Maduro capturé, masque aux yeux et menottes aux poignets, à des extraits d’un Trump à la mine revancharde, le tout accompagné de bandes-son triomphantes.

«A nos ennemis : FAFO»

Sans surprise, le compte officiel de la Maison Blanche s’est lui aussi fendu d’une courte vidéo, moquant un discours du dictateur vénézuélien dans lequel il appelait ses ennemis américains à «venir le chercher». En description de l’extrait, sobrement : «FAFO». Et le secrétaire d’Etat, Marco Rubio, d’en remettre une couche, à Mar-a-Lago : «Le 47e président des Etats ne joue pas. Si vous n’étiez pas au courant, maintenant vous l’êtes.»

Si elle soulève la consternation, la dernière rengaine en date du président américain n’est pas nouvelle dans le vocable trumpiste. Identifié dès 2021 comme un des cris de ralliement du groupe d’extrême droite américain des «Proud Boys», connu pour ses actions violentes et son rôle dans l’assaut du Capitole, l’acronyme était déjà apparu dans la communication du chef d’Etat.

En janvier 2025, quelques jours seulement après son investiture, Donald Trump annonçait la couleur en publiant sur sa plateforme Truth Social une photo de lui arborant un petit écriteau «FAFO» et un emoji souriant. Un mot d’ordre repris par Pete Hegseth, son agressif secrétaire à la Défense, alors qu’il détaillait, en septembre, la nouvelle doctrine militaire du pays à une assemblée de responsables militaires haut gradés. «Si nos ennemis choisissent bêtement de nous défier, ils seront écrasés par la violence, la précision et la férocité du département de la Guerre. A nos ennemis : FAFO», avait-il scandé, laissant la salle muette.

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